
ilas a huit ans lorsque les allemands viennent occuper son pays, sa ville, son quartier.
Elle loge avec ses parents , ses deux frères et sa petite sœur, encore bébé dans un appartement de la rue de Genève, à Annecy, juste en face de la caserne... où les allemands se sont installés souverainement.
Ce qui lui fait peur tout d'abord, ce n'est pas tant ces hommes en uniformes que le fait que ses parents se soient mis à parler plus doucement... à presque chuchoter.
La nuit, elle entend sa mère pleurer... Elle aimerait se lever et la consoler... Mais elle n'ose pas.
La premier matin où, avec ses deux frères, elle reprend le chemin de l'école, elle réalise que plus rien ne sera comme avant. Elle a envie de demander à ses frères d'avancer plus vite, de se taire, d'arrêter de parler fort... Mais ils ne l'entendraient pas, occupés à n'être que des gosses...
Chaque fois, son cœur s'emballe lorsqu'ils passent devant la caserne. Elle n'arrive plus à respirer ni à marcher correctement. Elle gronde ses frères qui font les fiers devant ces soldats ennemis... Le plus jeune, qui n'a que 6 ans tente d'imiter leur démarche en rigolant et l'autre grand nigaud qui a pourtant bientôt 10 ans, et qui devrait avoir plus de conscience, se tord de rire à son tour.
Plus les jours passent, moins elle supporte cette insouciance qui pourtant semble bien faire rire les soldats allemands. Il vont parfois même jusqu'à passer une mains tendre sur la tête des garçons. Pensent-ils à leurs propres enfants restés au pays ? Elle ne veut rien savoir. Elle les détestent... et détestent aussi ses frères de sourire à ces monstres et de l'obliger à vivre cela.
Ces frères la traitent de lâche, de pimbêche, d'emmerdeuse... Elle s'en fout...
Un matin, n'y tenant plus, après deux ou trois avertissements, elle gifle le plus jeune. Immédiatement, un soldat vient sur elle en la grondant dans cette langue qu'elle a en horreur. Elle pleure, toute petite fille pleine d'incompréhension... avec l'envie de n'être plus de ce monde.
Ses frères courent déjà comme des lâches pour s'éloigner de la scène.
Lorsqu'elle se libère du "bourreau", elle ne prend pas le chemin de l'école mais retourne chez elle... incapable de penser... incapable de comprendre.
Sa mère la console, la berce... ce qu'elle n'avait pas fait depuis bien longtemps.
Le soir, ses parents décident d'envoyer les trois aînés à la campagne, chez la cousine de sa mère. Là-bas ils seront bien... en sécurité... et elle-même aura plus de temps à consacrer au travail et au bébé.
Commencent alors les plus beaux jours de sa vie dans ce village loin de la peur et loin du bruit... Il y a pleins d'enfants déjà ! Elle ne savait pas qu'elle avait autant de cousins et de cousines !
Même si sa tante est sévère, même si il y du travail à faire... elle est près de la nature, près des animaux. Et surtout... près de Paul, ce cousin dont immédiatement elle tombe éperdument amoureuse.
C'est un grand, il a déjà 11 ans ! mais il s'attache très vite à cette petite cousine de la ville, bien plus en vérité qu'à ses frères qu'il a du mal à supporter... le plus grand surtout qui semble croire qu'il en sait plus que tout le monde.
Paul et Lilas ne se quittent plus. Même à l'école qui n'a qu'une classe et qui n'enseigne que le matin... la plupart des enfants étant trop utiles à la ferme en ces temps de disette.
L'après-midi, ils vont dans les champs, surveiller les génisses ou les veaux. C'est à eux de s'occuper des œufs aussi... précieux trésor que la mère de Paul met sous clefs avec les billets et les bijoux.
Seules les nuits restent un cauchemar. Lilas n'arrive pas à se retenir de faire pipi. Chaque soir, elle passe de longs moments aux toilettes... Elle se retient de boire après le repas de midi. Plus une goutte, quoi qu'il arrive, même lorsque la chaleur du printemps, puis de l'été revient. Pour plus de précaution elle met le pot juste à côté de son lit... Mais invariablement, ses draps sont trempés à son réveil. Alors sa tante lui crie dessus, l'insulte, lui ordonne de laver ses saletés. Et son oncles et ses frères se moquent d''elle.
Mais Paul prend sa défense et vient l'aider à laver ce drap si lourd qu'il lui faudra ensuite essorer et étendre sur la corde en priant que le soleil de la journée suffira à le sécher, car il n'y en aura pas d'autre.
Parce qu'il est là, avec elle... parce qu'il lui dit qu'il comprend, que ce n'est pas grave, qu'il va l'aider... parce qu'elle le croit... alors tout est supportable et déjà elle sait qu'elle l'aimera toute sa vie.
Elle reste 2 ans auprès de son cousin... sans presque penser à ses parents qui viennent les voir de temps en temps avec sa petite sœur qui est si mignonne et qu'elle aurait aimé garder auprès d'elle. Mais sa mère n'arrive pas à s'en séparer... d'ailleurs, un autre bébé va bientôt arriver... et c'est la perspective de cet enfant à venir qui lui fait supporter l'idée de se séparer de Paul... Elle croit sa mère qui lui dit qu'ils se reverront souvent... qu'ils viendront passer les vacances d'été et puis les fêtes de noël... Elle ne sait pas encore que les adultes adorent faire des promesses qu'ils ne tiendront pas.
***
Elle a 17 ans... Même si elle est un peu trop grande, elle est en réalité bien plus belle que ce que ses sœurs ne veulent admettre. Tout le monde se moque d'elle parce qu'elle croit en Dieu et que ses meilleures amies sont deux tantes religieuses...
Elle s'est forgé un caractère solide et se moque bien de tout ça. D'ailleurs, elle veut elle aussi rentrer dans les ordres... mais ça mère, athée refuse obstinément.
Comme sa mère et ses frères, elle a régulièrement des aphtes qui lui gâchent bien des journées. Jusqu'à cet été 1951 où le médecin en comptera 37 à l'intérieur des joues, sur le palet, sur la langue, plus ceux qu'il ne peut pas voir mais qui lui encombrent la gorge. Elle ne peut plus manger et à peine boire. La fièvre ne veut pas tomber, on va jusqu'à craindre pour sa vie.
Finalement, les médicament et le temps viennent à bout de cet enfer, mais Lilas est épuisée. Sur les conseils du médecin, elle part en convalescence à la campagne... dans cette maison qui l'a abritée avec ses frères sous l'occupation.
A sa grande déception, son cousin Paul, qu'elle n'a jamais revu depuis, n'est pas là. Il fait son service militaire dans les Alpes en tant que chasseur
alpin. Peut-être viendra-t-il en permission, mais ils ne savent jamais à l'avance.
Sa tante est toujours aussi rude, mais elles s'entendent bien. Elles se remémorent le passé en sirotant du thé. Elles arrivent même à parler des draps souillés en rigolant. Pourtant, elle a eu un nouveau bébé il y a trois ans... mais il est gravement malade et ne survivra pas. Son hydrocéphalie est très avancée et aucune opération n'a pu être effectuée.
Elle revoit aussi avec plaisir ses cousines. L'une d'elles vit encore ici, mais les deux aînées se sont mariées et vivent dans les grandes villes aux alentours. Elles reviennent le week-end pour aider leur mère qui souffre du dos et qui doit regarder, impuissante, l'agonie de son dernier né.
Lilas se remets bien et il est presque temps de partir. Encore quelques jours et elle devra faire ses valises. Elle a mis à profit ces moments de calme et de solitude pour prendre sa décision. Quoi qu'on lui rétorque, elle sera religieuse. Elle sait que ses deux tantes parleront en sa faveur.
Le dimanche suivant, alors qu'elle aide au repas, elle entend une moto se garer dans la cour. 
Paul n'a que 3 jours de permission. Il a su par une de ses sœurs que Lilas était chez ses parents... alors il a fait le chemin.
Elle est encore plus belle que ce que sa sœur lui en a dit dans son courrier. Grâce à sa fièvre aphteuse, elle a perdu les quelques kilos en trop qu'elle avait pourtant fini par accepter... et l'air de la campagne a encore accentué son côté Espagnole qu'elle tient de son arrière grand-mère.
Leur amour d'enfance se réveille instantanément...
Avant de partir rejoindre son unité, Paul fait un détour par Annecy pour demander la main de Lilas à son père.
Il avait pensé un temps s'installer dans les montagnes enneigées, avec son chien et ses skis... mais il n'y a plus que Lilas qui compte aujourd'hui. De son côté, il n'est plus question pour elle de rejoindre les ordres. Ne serait-ce pas pêcher finalement que de ne pas accepter cet amour qui entre dans sa vie ?
Ils ont vécu 45 ans ensembles, amoureux comme au premier jour.
Ils ont eu 5 enfants.
Je suis la dernière des 5.









omme je le remarquais lors des commentaires sur la vidéo :
l va si mal en ce moment que j'ai eu besoin de me raccrocher à ces images prises il y a un peu plus d'un an maintenant. 

















