l fait nuit depuis des heures. Le temps est si sombre, presque inquiétant.Toute la journée la pluie est tombée, lourde, froide. Le vent a battu les routes et les maisons. Les champs aux alentours sont complètement inondés.
La pluie, le vent…
On se sent si petit alors. Notre pouvoir s’arrête aux frontières de la nature, il est bon qu’on nous le rappelle parfois.
On se sent si petit alors. Notre pouvoir s’arrête aux frontières de la nature, il est bon qu’on nous le rappelle parfois.
Loup et Théo sont partis pour la journée à Lyon, ils ne rentreront pas avant des heures. J’essaye de faire taire mon inquiétude de les savoir sur la route par ce temps.
Une coupure de courant me tient éloignée du Net.
Seule. Je suis seule, une solitude comme j’aime.
J’ai allumé des bougies, j’ai mon fidèle ordinateur portable dont la batterie est pleine jusqu’à la gueule. J’écoute Shirley Horn chanter magnifiquement « You won’t forget me ».
Je me sens en vie. C’est étrange non ?
Comment le corps et l’esprit fonctionnent-ils ? Comment se fait-il qu’il y ait ainsi, des moments où on a l’impression de lâcher prise et pourtant, tout tient, tout reste debout.
Est-ce que j’ai une batterie moi aussi ? Est-ce que j’ai un temps qui m’est imparti lorsqu’il y a une coupure de courant ?
J’ai lu, juste avant la coupure de courant, le commentaire de nounouche sur mon billet précédent, qui me demande de ne pas partir comme l’a fait son père il y a 13 ans. J’ai tellement pleuré à lecture de ce mot. Pleuré sur elle, sur lui, sur moi aussi sûrement, sur tous ceux qui n’en peuvent plus, qui n’ont plus aucune lumière pour les tenir.
Je n’en suis pas là nounouche et merci de ton mot, merci parce que tu vois, c’est important pour moi qu’on s’imagine que je puisse partir, même si je ne sais pas expliquer vraiment pourquoi.
J’y ai pensé il y a quelques années, j’y ai pensé si fort ! Je n’avais plus envie de vivre, même si n’avoir plus envie de vivre, cela ne veut pas dire avoir envie de mourir.
La différence est grande je crois.
Mais cesser de vivre, c’est en quelque sorte le dernier pouvoir qu’il nous reste sur nos souffrances les plus intimes.
Ce jour-là, à bout, j’ai quitté la maison sans rien dire à personne, je suis allée dans une grande surface acheter des lames de rasoir et j’ai pris une chambre dans un de ces hôtel en bord de route.
Je ne réfléchissais à rien, je ne savais pas encore si oui ou non j’aurais le cran de mourir, pas plus que le cran de vivre. Je voulais juste me trouver face à ce pas, savoir s'il m’était possible de le franchir.
Mais dans cette chambre d’hôtel, les yeux brouillés, le ventre noué, j’ai pensé à mes enfants bien sûr, à Loup aussi.
J’étais si mal que je me disais que ce serait une libération pour eux de ne plus avoir à me supporter, qu’après la douleur, ils seraient libres de faire leur vie sans avoir à regarder leur mère sombrer. Loup pourrait refaire sa vie. Trouver une femme plus forte, plus heureuse.
Et puis j’ai pensé à notre Lisa. Lisa qui avait déjà perdu sa maman quelques années auparavant.
C’est ce qui m’a ramenée. Je ne voulais pas lui enlever à nouveau sa mère.
C’est ça, juste ça je crois qui a fait le poids dans la balance. C’est terrible non ? Alors que j’aime si fort tous mes enfants ! Que j’aime Loup si profondément.
Quoi qu'il en soit, j’ai brisé les lames, une à une. J’ai pris une douche et je me suis fait une promesse.
Si je revenais à la vie, plus jamais, oui, plus jamais je ne devrais me poser cette question de rester ou non. Si je ne faisais pas ce geste fatal aujourd’hui, plus jamais je ne me le permettrais.
Si je décidais de vivre, je devais le faire, vivre, oui, vivre, et ne pas attendre que la vie passe sur moi.
Je suis restée encore quelques heure dans cette chambre d’hôtel, assise sur le lit, à remettre mes idées en place, mon ventre aussi, mon cœur, mon âme et je suis rentrée à la maison retrouver mon homme et mes enfants, comme si de rien n’était.
Je ne vais pas mentir, il m’est arrivé quelques fois de regretter de n’avoir pas fait l'autre choix.
Quelques minutes, parfois quelques heures, je pense à la paix que ce serait de ne plus être.
Et puis j’entends le rire deThéo, je regarde les yeux tendre de mon Loup, j’écoute la voix de ma fille Fanny, je lis les poèmes de mon fils Harold, J’écoute me parler ma tendre Lisa, je pense à mon fils Alexandre aussi vers lequel je retourne petit à petit. Et je sais que ma place est là auprès d’eux. Que j’ai tant, que d’autres n’ont pas.
Est-ce que partir est égoïste ?
J’imagine que ceux qui restent on le droit de le penser. J’imagine que ceux qui restent souffrent au-delà des mots. Mais ceux qui partent, ceux qui laissent tomber la vie, même ce qu’elle a de beau, ont une telle fracture en eux qu’il n’est plus possible de faire autrement.
C’est comme rire, ou pleurer, ou hurler. C’est juste que ce n’est plus possible de ne pas le faire.
Moi je peux faire autrement, je peux vivre, je peux décider, là, maintenant, de vivre vraiment.
Je pense aussi à ce que m’a dit Mia More dans son commentaire, qu’on peut vivre sans rêve, juste dans l’instant. A ce que m’a dit Manon aussi, qu’on peut reconstruire, même à partir de ruines.
Loup et Théo doivent être sur le retour à l’heure qu’il est. Ils vont probablement s’arrêter en chemin pour manger un morceau.
Il me reste quelques heures encore, quelques heures rien qu’à moi.
Le courant est revenu, mais j’ai éteint les lumières pour rester dans la chaleur de mes bougies.
Je suis dans votre chaleur aussi. C’est à vous que j’écris. A vous, qui m’avez portée toute la journée d’hier par vos mots tendres et bienveillants.
Je prends encore le temps d’un thé, d’un câlin à mes rats et je pose mes mots au boudoir.

























As tu lu le billet de Célestine ? Il est aussi très beau. Je pense que ce qui me fait tenir, c'est l'expérience (sans doute pourquoi tant de jeunes se suicident, ne pouvant se raccrocher à "cette expérience"). Car au fond de moi, je sais qu'il y aura encore une rencontre inattendue, une vision inattendue, un sourire, une main inattendus.. Il y a trjs autant d'inattendus émouvants qu'il y a d'épreuves..
Je me ressaisis aussi, et écoute ma "petite voix" sans culpabilités. Ce que je n'ai jamais fait en 12 ans, je l'ai enfin accepté : remplie de victuailles de Noel, j'ai invité quelqu'uns de mes stagiaires matures et vaccinés pour une fête pyjama nuit blanche vendredi prochain.. Je vais tendre vers Moi dans ma vie privée, au delà de la culpabilité, des consensus. Car ma vie privée ne regarde personne, et personne n'a le droit de me poser sur l'étagère une fois mes "devoirs accomplis". J'ai aussi le droit et la liberté de jouir de mon intimité ! :) Bisous et bon week end ♥