
ans quelques jours, le 21 novembre pour être précise, le boudoir aura 3 ans.3 ans.
Un chiffre qui se cogne à ma tête, qui part dans tous les sens.
3 ans c'est rien ! C'est à peine un souffle dans une vie !
Et pourtant.
Il y a 3 ans, alors que j'écrivais les premières lignes de ce boudoir, Théo recommençait tout juste à parler, à sortir de ce mutisme destructeur qui avait marqué si fortement l'émergence de son autisme.
Ses périodes de régression étaient plus nombreuses et plus longues que ses progressions.
Il était comme balloté entre ce besoin de repli et la tentation de revenir vers nous.
Aujourd'hui Théo s'approche de ses 8 ans. Même si son langage est encore restreint et saccadé, il nous permet de communiquer, de le comprendre, de nous faire comprendre ! Aujourd'hui, Théo pose des questions, accepte l'inconnu, se projette dans le monde.
Il y a 3 ans tous nos enfants vivaient avec nous, nous avions le sentiment que ça allait durer toujours.
Nous étions soudés comme peu de familles de notre connaissance.
Nous passions nos soirées, nos week-end, nos vacances ensemble.
Aujourd'hui tous nos grands sont loin pour leurs études.
Nous restons Loup, Théo et moi, gardiens du phare.
Le temps passe différemment.
J'ai le sentiment de ne faire qu'attendre.
Il y a 3 ans nous avions encore les forces nécessaires pour combattre les institutions qui, les unes après les autres nous avaient spoliés de nos droits.
Nous réclamions justice pour l'enfermement inique de Loup.
Nous réclamions justice pour qu'il retrouve son travail.
Nous réclamions justice pour nos droits à la santé.
Aujourd'hui ce sont des drôles de victoires... qui ressemblent pour certaines d'entre-elles à des défaites.
La justice à reconnu l'illégalité de l'emprisonnement de Loup. Mais nous n'avons reçu aucune excuse, aucun dédommagement.
La justice a reconnu l'illégalité dans son renvoi par l'éducation Nationale. Loup est réintégré. Mais n'a droit à aucun remboursement.
Nous serons resté 5 ans sans salaires. Personne ne veut en tenir compte.
La justice à reconnu notre droit à la santé. Nous reprenons petit à petit le chemin des cabinets médicaux. Mais les dégâts physiques sont là, pour certains irréparables. Et bien sûr, toujours aucune excuse, aucun dédommagement.
Aujourd'hui j'ai le sentiment qu'on ne pourra plus rien tirer de nous, si ce n'est nous maintenir en vie.
Aujourd'hui je n'ai plus confiance. En rien, si ce n'est en nous.
Il y a 3 ans, à bout de force, nous demandions de l'aide aux assistantes sociales de notre village, pleins d'espoirs.
Nous leur avons confié nos dossiers RMI, santé, handicap, justice...
Nous leur avons tout expliqué, nous avons répondu à toutes leurs questions.
Aujourd'hui, non seulement elles n'ont en rien arrangé notre situation, mais à l'inverse, elles font parti de nos pires ennemis.
Pleines d'arrogances, elles se retournent contre nous afin de ne pas avoir à assumer leur incompétence.
Il y a 3 ans je ne parlais à plus personne de ma famille, même pas à ma mère.
Il me semblait que jamais je ne pourrais leur pardonner leur trahison, leur abandon, leurs mensonges.
Je me dépêtrais dans mes souvenirs à la recherche de ce qui avait vraiment existé, de ce qui pouvait toujours me définir.
Je ne cessais de me demander à partir de quand j'avais pu me tromper à ce point sur eux !
Il y a 3 ans je n'avais plus de fils aîné. Sa trahison s'enfonçait jour après jour dans mes entrailles et dans mon coeur, et c'était moins douloureux de le maintenir loin de moi que de continuer à me déchirer contre lui.
Aujourd'hui ma mère est auprès de moi, aimante, ainsi que ma soeur aînée.
J'ai retrouvé mon fils. C'est encore fragile, mais nous somme sur un chemin commun.
Je suis à nouveau fière de lui. Il a, à sa manière, demandé pardon.
Je crois l'avoir fait moi aussi.
Il y a 3 ans je découvrais le monde des blogs.
Je partais à l'aventure sur le fil, passais des heures à lire ceux qui, comme moi avaient tant besoin de partager, de communiquer.
Je répondais du mieux possible à ceux qui avaient pris le temps de me lire, de me commenter.
Je me retenais d'écrire chaque jour, d'en dire plus, d'en dire trop.
Aujourd'hui je continue mes incursions quotidiennes dans ce monde tout aussi vrai que virtuel.
J'écris régulièrement, mais moins souvent, plus posément.
J'ai appris à me méfier un peu, à ne pas tout prendre pour argent comptant.
J'essaye toujours de répondre du mieux possible à ceux qui me visitent.
J'essaye de ne pas "brader" le boudoir, de ne pas y mettre n'importe quoi juste pour écrire.
Il y a 3 ans.
Tant de détails, tant d'évènements capitaux, tant de douleur, tant de bonheur, tant de vie, d'attente, d'espoir, d'oublie, de rêves !
Tant de mots qui brodent une vie.
3 ans entre vous et moi.
Comme souvent à cette période de l'année j'ai envie de me replier sur moi-même.
Je comprends Théo dans ces moments là.
Le monde m'agresse.
Je ne supporte plus la méchanceté, l'égoïsme, le cynisme, la violence.
Je voudrais n'être plus que dans les bras de mon Loup.
Je ne voudrais voir que mes enfants...
Je ne voudrais entendre plus qu'eux.
Paradoxes.
3 ans à m'ouvrir.... alors que tout me pousse à me refermer.
Est-ce que d'une manière ou d'une autre le boudoir a changé quelque chose à ma vie ?
























En 3 ans c'est sur ce boudoir n'aura pas changé grand chose à ta vie réelle, si ce n'est la possibilité de coucher noir sur blanc ce que tu ressens à un moment T et obtenir des réponses de part et d'autre de la terre. La différence c'est que tu n'es plus seule (bien que tu l'ai jamais vraiment été entourée de ta famille), nous te suivons, nous souhaiterions t'aider et nous faisons de notre mieux pour t'apporter chaque jour notre soutien. Je sais que je parle au nom de beaucoup de lectrice alors que je suis toute nouvelle ici, mais je suis sure que je ne mets pas des mots qu'elles n'auraient pas écrit elles même.
N'oublies pas, même si tu as envie ou que tu ressens ce besoin de te replier sur toi même, tu avances !
Bises