* édit du 17 en fin de billet
e soir, lorsque je me couche et que le sommeil ne veut pas de moi, je pense à mon enfance, à ce qu’il y avait de beau.Je me dis : Tiens, et si je parlais au boudoir des jeux que je faisais avec mon frère ! Ou bien des moments particuliers avec mon père ?
Je pense à mon père. Je réalise que j’ai tant à dire sur lui, qu’il me manque terriblement.
J’ai des centaines de souvenirs qui pourraient chacun d’eux faire le sujet d’un billet, pour peu que je l’accompagne de ce qu’il a pu symboliser dans ma vie, ou ce qu’il a construit au final dans ma personnalité.
Le lendemain je me retrouve face à ma page, j’écris quelques lignes. :
- Quand j’étais petite, j’avais un arbre. On l’appelait : l’arbre de pakita….
Et puis mes souvenirs s’étiolent et j’ai comme un mauvais goût dans mon cœur. Ça ne se dit pas… c’est pourtant comme ça que je le ressens.
Et puis mes souvenirs s’étiolent et j’ai comme un mauvais goût dans mon cœur. Ça ne se dit pas… c’est pourtant comme ça que je le ressens.
Alors je me tourne vers mon père :
- Mon père était le 5 ème d’une famille de 8 enfants… il n’a pas fait d’études, l’argent ayant été dépensé pour celles de ses frères aînés…
Et puis je me rends compte de ce n’est pas de ça dont je veux parler à propos de mon père. Alors j'essaye à nouveau :
- Mon père était le 5 ème d’une famille de 8 enfants… il n’a pas fait d’études, l’argent ayant été dépensé pour celles de ses frères aînés…
Et puis je me rends compte de ce n’est pas de ça dont je veux parler à propos de mon père. Alors j'essaye à nouveau :
- Mon père était souvent absent à cause de son travail. Parti tôt, rentré tard, souvent fatigué… Et pourtant il était là, bien là. Il était tendre, mais pas tant que ça finalement. Enfin, il était tendre avec moi, c’est vrai, parce que j’étais la petite dernière et que je m’invitais sur ses genoux à la moindre occasion sans lui demander son avis…
Et puis les souvenirs s’évanouissent à leur tour.
Que se passe-t-il dans ma mémoire pour qu’ainsi elle me fasse faux bond ?
J’ai de la mémoire, plus que beaucoup de gens autour de moi. Je sais me souvenir d’évènements remontant à loin, très loin. Je me rappelle des discutions, des mots employés, des livres que j'ai lus, des films que j'ai vus, des dates, des noms. Oui, j’ai une très bonne mémoire.
- Il ne s’agit pas de ça Pakita et tu le sais ! Il s’agit de ton passé, de ton enfance !
- Mais qui tu es toi ?
- Moi ? je suis toi, pourquoi ?
- Mais qui tu es toi ?
- Moi ? je suis toi, pourquoi ?
- Et puis de quoi tu parles ? J’’ai eu une belle enfance !
- Ah bon, tu es sûre ?
- Oui oui ! J’ai été aimée, j’ai fait plein de choses merveilleuses que tant d’autres rêvent de faire un jour. De la musique, du sport, des arts. C’est dire, j’étais sans arrêt occupée !
- Ah oui, et justement, peut-être un peu trop non ?
- Ah bon ? On peut être trop occupée tu crois ?
- J’en sais rien Pakita… j’en sais rien, tout le problème est là.
Je me revois dans ma chambre, avec mes pinceaux, mes ciseaux, mon scotch en train de construire une cabane, un décor, des tableaux, des personnages.
Je me revois à mon piano pendant des heures, chantant à tue-tête ou fermant les yeux sur quelques mélodies mystérieuses qui voulaient sortir de moi.
Je me revois assise par terre, adossée au mur en train d’écrire sur un vieux carnet les mots qui voltigeaient dans ma tête.
Je me revois couchée par terre sur le ventre, les jambes repliée au-dessus de mes fesses, en train de dévorer l’encyclopédie « tout l’univers » qui était comme un trésor pour mon frère et pour moi. Nous pouvions nous y perdre un après-midi entier, à suivre les mots, les lieux, les personnages.
Je me revois dans mon arbre justement, assise sur la dernière branche à fermer les yeux, lâcher les mains, et penser que la vie était plus solide que la peur et que si je n’avais jamais peur de rien je resterai toujours en vie.
Je me revois au fond de mon lit lors de mes crises de rhumatisme, enveloppée d’amour et de douleur, confiante parce que d’autres prenaient en charge ma maladie. Je n’avais pas à me faire de soucis.
J’entends le rideau de fer du garage de mon père lorsqu’il partait tôt le matin à son travail.
J’entends la voiture de ma mère lorsqu’elle rentrait à la maison. Nous habitions en haut d’une côte ardue et ma mère était la seule qui passait la 1ère pour franchir les derniers mètres…. A chaque fois j’étais heureuse qu’elle rentre. J’ai toujours détesté être seule à la maison. Non, en fait, j’ai toujours détesté lorsque ma mère n’y était pas.
J’entends la voiture de ma mère lorsqu’elle rentrait à la maison. Nous habitions en haut d’une côte ardue et ma mère était la seule qui passait la 1ère pour franchir les derniers mètres…. A chaque fois j’étais heureuse qu’elle rentre. J’ai toujours détesté être seule à la maison. Non, en fait, j’ai toujours détesté lorsque ma mère n’y était pas.
Les mots défilent, s’éclipsent, s’écrivent, s’envolent, se dérobent, reviennent par petit bout.
- Mon enfance est morcelée… pourquoi ?
- Oui dis-moi, pourquoi ?
- Je ne sais pas moi !! Tu en as de drôles de questions… parce que !
- Non, tu ne t’en tireras pas comme ça cette fois, il faut le dire, il faut l’écrire. Tu dis que tu es toi ici, tu t’en glorifies, et voilà que maintenant tu te dérobes ? Trop facile.
- Mon enfance a éclaté, voilà. Tu es contente maintenant ?
- Ça ne suffit pas Pakita. Eclatée? Pourquoi ? Comment ?
- Bon sang, mais c’est simple voyons, parce qu’ils m’ont menti, tous autant qu’ils sont ! Ils m’ont menti !
- Dis m’en plus Pakita, allez, ça ira mieux après.
- Mon cul ouais… mais allez, je vais te dire, et tu iras dormir tranquille pendant que moi j’irai vomir… chacun sa croix, n’est-ce pas ?
…
Ils m’ont dit que rien n’était plus important que la famille. Ils m’ont dit que j’y serai toujours à l’abri. Ils m’ont dit que le sang était plus fort que tout, plus fort que le temps, plus fort même que la mort ! Ils m’ont dit que j’avais de la chance, que je serais toujours aimée pour qui j’étais, que je ne serai jamais seule, qu’au plus profond du gouffre ils seraient toujours là pour me tendre la main et que j’aurai toujours ma main à tendre à quelqu’un.
…
C’était merveilleux, tu comprends ? C’était merveilleux cette certitude. C’est comme être devant un bon feu alors que l’hiver envahit le paysage au dehors. C’est comme éclairer la lumière en pleine nuit, c’est comme un verre d’eau lorsque tu as soif. Je me sentais forte, si forte ! Invincible !
…
Tu es pénible tu sais. Tu ne comprends pas ce que je veux dire ?
…
Ouais, c’est ça, garde le silence… comme eux justement. Ah !!! Tu as les mêmes méthodes qu’eux. Peut-être es-tu dans leur camp ?! Parce que tu vois, c’était de la merde tout ça ! Du flanc, des mensonges, un verni à la con pour ne pas avoir à réfléchir.
Mais j’y ai cru, moi la petite fille qui grimpait dans les arbres, qui chantait avec son piano, qui écrivait des poèmes à Dieu. J’y ai cru jusqu’au bout. Oui, jusqu’au bout.
Quand ma sœur se faisait péter la gueule par son mari, je suis allée lui péter la gueule à mon tour à ce gros con, même s’il faisait le double de ma taille, même si j’étais morte de trouille.
Lorsque ma mère refusait d’aller célébrer le pacs de ma sœur avec son amie alors qu’elle savait depuis des années qu’elle était homosexuelle, je me suis battue 5 heures durant pour qu’elle y aille, pour elle, pour ma sœur, pour nous, pour la foi qu’elle portait en l’humain, elle, si bonne. Je me suis battue pour qu’elle ne fabrique pas ce regret pour le reste de sa vie.
Lorsque mon frère se trouvait trop seul je prenais ma voiture dans l’heure et je parcourais les 200 bornes qui nous séparaient pour être auprès de lui. Je ne l’ai jamais laissé seul, jamais !
Lorsque mon père est tombé malade j’ai été, moi la petite dernière, celle qui les a tous portés, j’ai transgressé l’ordre de mon père de ne pas parler de la maladie, je suis allé le voir, je les ai rapprochés tous autant qu’ils sont, j’ai parlé à ma mère qui ne voulait rien entendre et qui pourtant, à sa manière demandait à savoir. Je les ai tous reçus chez moi, mes sœurs, mes frères effondrés lorsqu’on a su que c’était la fin.
Oui, moi la petite qui montait dans les arbres.
Lorsque ma mère refusait d’aller célébrer le pacs de ma sœur avec son amie alors qu’elle savait depuis des années qu’elle était homosexuelle, je me suis battue 5 heures durant pour qu’elle y aille, pour elle, pour ma sœur, pour nous, pour la foi qu’elle portait en l’humain, elle, si bonne. Je me suis battue pour qu’elle ne fabrique pas ce regret pour le reste de sa vie.
Lorsque mon frère se trouvait trop seul je prenais ma voiture dans l’heure et je parcourais les 200 bornes qui nous séparaient pour être auprès de lui. Je ne l’ai jamais laissé seul, jamais !
Lorsque mon père est tombé malade j’ai été, moi la petite dernière, celle qui les a tous portés, j’ai transgressé l’ordre de mon père de ne pas parler de la maladie, je suis allé le voir, je les ai rapprochés tous autant qu’ils sont, j’ai parlé à ma mère qui ne voulait rien entendre et qui pourtant, à sa manière demandait à savoir. Je les ai tous reçus chez moi, mes sœurs, mes frères effondrés lorsqu’on a su que c’était la fin.
Oui, moi la petite qui montait dans les arbres.
Et puis ce fut mon tour… mon mari qui me trompe, qui me rejette, les crises, les cris, la rue, seule, sans mes enfants.
Et je n’ai pas vu la main qui devait se tendre vers moi. Aucune. Aucune main. Aucune.
Ils m’ont menti.
Le sang ne vaut pas tout. La famille n’est qu’un mot. Creux. Vide. Aucune main, tu m’entends ?
…
Tu ne dis rien maintenant. Facile non ? Tu me demandes, tu veux savoir. Et maintenant que tu sais, tu ne dis rien. Comme eux.
...
Je voudrais être croyante parfois pour parler avec mon père. Lui demander ce qu’il aurait fait lui.
Oui, tout le reste je le balaye d’un revers de la main. Bon, parfois la nuit je me fais encore avoir, mais ça va, je reste debout. Mais cette question-là m’obsède, je ne sais pas comment m’en débarrasser.
- Quelle question ?
- Celle-là bien sûr ! Est-ce que mon père m’aurait tendu sa main.
- Tu ne sauras jamais Pakita.
- Non, tu as raison. Je ne saurai jamais.
…
- Tu ne dis plus rien Pakita ?
- Non, je pense.
- A quoi ?
- Je prends du recul. Un pas, deux pas… une année, deux… Je me vois aujourd’hui. Je suis devant mon ordinateur. J’écoute Supertramp je fume une cigarette roulée. Je me sens libre. Je suis libre d’eux. Etrange non ?
- Peut-être pas finalement.
- J’ai l’impression d’avoir eu 2 vies.
- Je ne comprends pas.
- J’ai été cette petite fille qui grimpait dans son arbre. Cette petite fille tellement persuadée qu’elle aurait toujours une main qui la retiendrait qu’elle pouvait fermer les yeux et poser le pied sur une autre branche sans même penser avoir peur. Oui, j’ai été cette petite fille. Et aujourd’hui je suis une femme qui ne tend pas la main de peur que personne ne soit là pour la saisir. J’ai ces souvenirs en trop dans ma besace… comme si je les avais volés à quelqu’un d’autre.
- Oui, cette fois je comprends Pakita.
- C’est bien, parce que tu vois, je crois que je ne t’en reparlerai pas. Maintenant tais-toi, laisse-moi tranquille. J’écoute ma musique.
* édit du vendredi 17 février
En lisant vos premiers commentaires, je réalise à quel point ce billet est sombre à nouveau.
En vérité, je vais bien. Ces souvenirs, ces réflexions, ce dialogue intérieur, c'est juste un revers de main pour me débarrasser de quelques réminiscences encombrantes. C'est exactement comme je l'écris. Je voulais parler de quelques bons souvenirs mais rien n'est venu. Alors j'ai laissé parlé mes doigts, comme je fait souvent.
Mais croyez-moi, j'ai su finalement, après pas mal d'années, il est vrai, me débarrasser de la douleur. Reste un peu de désillusion, un peu de questionnement, un peu de colère. Mais ils ne me manquent pas. En vérité, jamais je n'ai été aussi libre depuis que je suis loin d'eux.
Ce texte ne m'a pas coûté. Il ne m'a pas fait mal. J'ai aimé l'écrire.
C'est en lisant vos commentaire (les 5 premiers) que je réalise qu'il peut laisser penser que je vais mal à nouveau. Ce n'est pas le cas. Je vais bien :-)
En lisant vos premiers commentaires, je réalise à quel point ce billet est sombre à nouveau.
En vérité, je vais bien. Ces souvenirs, ces réflexions, ce dialogue intérieur, c'est juste un revers de main pour me débarrasser de quelques réminiscences encombrantes. C'est exactement comme je l'écris. Je voulais parler de quelques bons souvenirs mais rien n'est venu. Alors j'ai laissé parlé mes doigts, comme je fait souvent.
Mais croyez-moi, j'ai su finalement, après pas mal d'années, il est vrai, me débarrasser de la douleur. Reste un peu de désillusion, un peu de questionnement, un peu de colère. Mais ils ne me manquent pas. En vérité, jamais je n'ai été aussi libre depuis que je suis loin d'eux.
Ce texte ne m'a pas coûté. Il ne m'a pas fait mal. J'ai aimé l'écrire.
C'est en lisant vos commentaire (les 5 premiers) que je réalise qu'il peut laisser penser que je vais mal à nouveau. Ce n'est pas le cas. Je vais bien :-)

























Bises Pakita et dors bien