* bande annonce en fin de billet
1988
Réalisé par Alan Parker
Avec Gene Hackman, Willem Dafoe, Frances Mc Dormand et Brad Dourif
1964, dans un village du Mississippi, trois militants pour des droits civiques disparaissent mystérieusement.
Deux agents du FBI sont chargés de l'affaire. Très vite, leurs questionnements et leurs méthodes d'intimidation dérangent le Klu Klux Klan.
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Que ce soit dit d'emblée... Mississippi Burning fait parti de mes films favoris.
Il rempli toutes les conditions indispensables à mon goût pour qu'un film soit une œuvre, et pas seulement un produit de consommation : Un réalisateur engagé et courageux, une thèse morale, des acteurs de talent et complètement immergés dans leurs personnages... plus d'indéniables qualités techniques dont hélas, nous sommes aujourd'hui inondés à tel point qu'on oublierait presque de s'en émerveiller.
Ce qui fait, à mon sens, la particularité de Mississippi burning, dans sa dénonciation de la ségrégation et du racisme, c'est la double vision qu'on nous propose par l'entremise des deux protagonistes, en l'occurrence, les deux agents du FBI chargés d'enquêter sur la disparition des trois militants des droits civiques.
Il n'y a aucun doute possible quant à la posture d'Alan Parker à propos de l'intolérable traitement infligé aux personnes de couleurs et du message de haine propulsé par le KKK et relayé par les notables et la population du Sud. Mais il nous explique qu'il ne suffit pas de pointer l'intolérable, la morale, l'éthique ! Qu'il ne suffit pas de définir clairement le bien et le mal pour qu'aussitôt tout s'arrête ! Ce qu'il fait, tout au long de son film, c'est dérouler les strates plus ou moins engagées , plus ou moins conscientes, plus ou moins violentes, qui vont composer au final un village intolérant et raciste au plus haut point.
Pour cela il réunit deux agents aux méthodes opposées.
Alan Ward, interprété par Willem Dafoe, sobre et grave comme rarement, est le patron. Jeune et pourtant expérimenté, il a tout pouvoir pour mener son enquête. Il est mandaté par Hoover lui-même, suite à la loi anti-ségrégation signée par kennedy en 1960.
Ward... c'est pour moi : le vrai héros ! Un incorruptible. Ses motivations sont uniquement idéalistes et en rien personnelles, ce qui est rarement exposé au cinéma qui prône plus souvent les motivations psychologiques ou affectives plutôt qu''idéologiques.
Ward est du côté du bien et fera tout ce que la loi lui permet afin d'éradiquer le mal. On le sent déterminé, engagé, courageux. Il n'y a en lui aucune fierté mal placée. Il avance droit vers son but, un rien têtu... mais peut-on le lui reprocher ?
En cela, il commet des erreurs. Parce que sa quête est juste, il ne peut (veut) pas voir les implications locales provoquées par ses agissements. A plusieurs reprises, la population noire paye le prix fort.
Difficile de savoir si il a raison d'agir de la sorte. En réaction à ses questionnements à droite et à gauche, le KKK redouble de violence ! Les églises sont brûlées, les noirs tabassés, menacés, pendus ! Mais il continue, droit, arguant, à juste titre, que la guerre était là avant qu'il arrive ! Que ces exactions auraient eu lieu de toutes manières !
On le sent se parer comme d'une seconde peau de la légitimité de son engagement, et on voudrait être aussi sûr que lui !
Bien sûr, nous savons, nous, spectateurs du 21 ème siècle que la situation s'est finalement améliorée (n'allons pas imaginer pour autant que le racisme ne fait plus de ravages à travers le monde !) et j'imagine que c'est ce qui nous permet de voir cet homme noir pendu pour rien, sans hurler devant notre poste ! Quoi qu'en ce qui me concerne, je hurle bel et bien, et je pleure, à chaque fois.
Mais lui, ce jeune agent, plein de son intégrité, de ses convictions nobles et courageuses.. il n'a que sa morale implacable pour avancer, et supporter, et se battre encore et encore, avec les seules armes que lui confère la loi.
Son collègue, Ruppert Anderson, interprété divinement par le merveilleux, l'extraordinaire Gene Hackmann (quoi ? j'en rajoute ? pfff... Je l'adore !!) est un personnage absolument passionnant, comme il y en a heureusement souvent au cinéma.
Anderson, c'est un vieux de la vieille. On ne sait pas d'où il vient... comment il est arrivé au FBI, si ce n'est que justement, il est originaire du Mississippi, qu'il a même été shérif dans une petite ville voisine.
Il n'est pas question un seul instant de douter de son indignation... mais il comprend. Oui, il comprend le fonctionnement et les motivations de la population.
Il voudrait y aller mollo lui ! Il voudrait prendre le temps, se poser, parler, entendre, comprendre ! Mais il voit son tout jeune patron mettre le feu au poudre et prendre de plein fouet ce mouvement haineux aux ramifications complexes et infinies. Et il sait déjà quelles en seront les conséquences. On sent qu'il a plus de mal à imaginer une fin heureuse. Comme si il s'était fait une raison !
Rappel pour ceux qui connaissent le film, de cette magnifique scène où Anderson raconte à Ward l'anecdote de son enfance à propos du voisin noir de son père qui avait une mule...
Alors que Ward installe un QG dans le cinéma local et fait appel à la garde nationale pour des recherches minutieuses, sous le regard méfiant de la population, Anderson s'infiltre parmi les habitants et mène une enquête plus souple, plus subtile.
Une belle histoire d'amour va naître dans ce bourbier. Un pur régal de tendresse et de poésie, entre ce vieux routard et la femme de l'immonde adjoint au shérif.
Et puis tout s'accélère. Les agents retrouvent les corps des trois militants assassinés.
Ward comprend qu'en respectant les règles du jeu, il fera plus de mal que de bien. Il perçoit enfin l'immense pouvoir des autorités locales qui n'ont qu'un geste à faire pour défaire ce qu'eux-même ont mis des jours à construire et mettre à jour.
Comme le dit Anderson, même si le bourbier put la charogne, il faut combattre de l'intérieur. C'est un contrat moral passé entre eux, un très beau moment.
Si je devais retenir une thèse de ce film magnifique, c'est celle-ci.
On ne peut se permettre de transgresser la loi, qu'en agissant en son nom !
Et c'est là que nous, spectateurs, sommes mis à l'épreuve !
Car il est jouissif je l'avoue de voir tous ces salauds trembler à leur tour, voir vaciller leurs pouvoirs malsains ! On voudrait qu'ils subissent à leur tour les sévices qu'ils ont assénés depuis tant d'années ! Et pourquoi pas pire encore !
Mais ce n'est pas la cause ! Et on nous le dit jusqu'au bout.
La cause, c'est dénoncer, alerter, et finalement, permettre à la loi d'être respectée !
Ce film, c'est un cri, qui nous dit que la lutte n'est jamais finie contre l'insupportable inégalité entre les hommes ! Que rien ne devrait pouvoir continuer tant qu'un homme aura le pouvoir de se hisser dans l'échelle sociale en piétinant un autre homme, quel qu'il soit. Et lorsque en face, le monstre tire sa puissance d'un système édictant ses propres lois... il n'est plus possible de le combattre en respectant les lois édictées par ce système.
Il arrive un moment, où il faut savoir s'extraire de la loi... pour peu que la cause première reste la seule en lisse... et non les raisons personnelles, aussi nobles soient-elles. Oui, il arrive un moment où il faut savoir désobéir à la loi des hommes pour mieux obéir à la loi morale.
*à voir également : La main droite du diable de Costa Gavras, et l'étonnant et fantastique : La tête dans un carton à chapeau, de Antonio Banderas !!!!

























Peut-être qu'on l'est tous.
Peut-être parce que cette réplique vient sur la fin, c'en est une qui me reste en tout cas. C'est exactement ce que je me suis dit : « Peut-être qu’on l’est tous… », le jour où j'ai visité le camp du Struttof.
Devant les horreurs commises là, je ne me suis pas demandé quels étaient ces hommes. J'ai juste songé que, justement, c'étaient des hommes, et qu'en ce sens, ce qu'ils avaient fait, étant homme moi-même, j'en partageais la culpabilité.
Il s'agit de faire. De s'inscrire en faux contre le mal et d'agir en conséquences. Celui qui baisse la tête et poursuit son chemin partage le travail des bourreaux, des fanatiques, de tous ces êtres vomissant leur haine pour tout mode d'expression.
Un grand film, oui. Je ne l'avais pas vu. Je viens de le regarder sur Dailymotion. Je le reverrai sans doute, comme je revois toujours les meilleurs films que je découvre. Et je comprends qu'il figure parmi tes préférés. J'en imagine bien quelques autres de la même veine, qui doivent être dans ta liste aussi.
Bonne journée, Paki' !