
l neige depuis plus de 12 heures sans discontinuer. Nous voilà à nouveau avec 20 centimètres de neige sur nos routes.Je me suis levée ce matin avec de la fièvre et un mal de gorge qui ne laisse aucun doute sur mon état… angine à tous les coups.
Pourtant nous avions un rendez-vous avec l’avocat pour défendre les droits de Théo.
Nous avions pris la décision d’y aller malgré tout lorsque la factrice nous a annoncé que les routes étaient quasiment impraticables et qu’ils avaient eu pour consigne à la poste d’annuler les livraisons, ce qui est très rare, a-t-elle ajouté. D'ailleurs elle allait finir de livrer notre village puis rentrerai chez elle se mettre au chaud.
Du coup nous avons reporté notre rendez-vous et bien nous en a pris La secrétaire de notre avocat nous a annoncé qu’à Chambéry la neige n’arrêtait pas non plus de tomber.
Libérée de ce rendez-vous, j'ai pu regagner mon lit pour me reposer un peu.
Et là, dans ma chambre silencieuse, mes deux rats mâles couchés sur mon ventre, regardant la neige tomber par la fenêtre, je me suis sentie petite fille.
Tout un tas de souvenirs sont venu en vrac m’assaillir, jusqu’à me faire tourner la tête.
Enfant je souffrais de rhumatisme articulaire aigu qui me maintenait régulièrement alitée.
Malgré la souffrance, c’est étonnant, mais je garde un souvenir tendre et magique de ces moments.
J’avais alors ma mère pour moi toute seule. Elle venait me voir sans cesse dans ma chambre, me demandait comment j’allais. Elle me ramenait des petites surprises lorsqu’elle revenait des courses, alors qu’en d’autres temps, nous n’avions pas les moyens de ce genre de légèretés.
Même les séances de piqûres quotidiennes restent, dans ma mémoire de bons souvenirs. Je revois ma mère sortir sa petite boite métallique dans laquelle elle rangeait son matériel. Il n’y avait pas de seringues jetables à l’époque ! Il fallait les faire bouillir régulièrement. Les aiguilles étaient parfois tellement émoussées que le coton imbibé d’alcool avec lequel elle les nettoyait restait accroché après. C’était des piqures sous-cutanées, mais je dégustais quand même, car en plus de l’antibiothérapie et des corticoïdes, on me traitait à la pénicilline qui est un produit très « pâteux » et qui met du temps à se répandre, provoquant des douleurs durant des heures. Ma mère me faisait alors des massages et, couchée sur le ventre, je me laissais ainsi dorloter avec confiance.
Ma mère qui en d’autres temps était très peu câline avait alors pour moi toutes les attentions et elle s’ingéniait à rendre ces moments de crise le plus supportables possible. Elle devenait à mes yeux la plus parfaite des mères, la plus tendre, la plus dévouée. Ce qu’elle était, assurément.
Elle était, et est encore, une femme de caractère. Elle était le noyau de notre famille, portant tout sur ses épaules. Mon père partait très tôt au travail et rentrait tard le soir. Quand il était à la maison, soit il se reposait, soit il bricolait ou faisait le jardin.
C’était donc ma mère qui nous amenait, mes 2 frères, mes 2 sœurs et moi-même à nos diverses activités, qui nous aidait pour nos devoirs, qui faisait les courses avec nous, qui nous faisait manger. C’est à elle que nous racontions nos aventures et nos mésaventures. Elle était déléguée des parents dans au moins trois de nos classes. Elle s’est même mise au solfège avec nous pour pouvoir nous aider et au ski à presque 40 ans pour nous accompagner. Et tout ça, elle le faisait avec bonne humeur et entrain. J’ai entendu dire par mes frères et sœurs qu’elle criait souvent. J’avoue ne pas en avoir le moindre souvenir.
C'était une femme très croyante. Petite fille, j’étais persuadée qu’elle pouvait réellement dialoguer avec Dieu lui-même.
Je me souviens d’un soir, je devais avoir 6 ou 7 ans, où l’orage grondait comme rarement. Les éclairs s’enchaînaient les uns après les autres, le tonnerre semblait frôler notre maison. Complètement terrorisée, j’ai appelé ma mère depuis mon lit et je lui ai demandé si elle pouvait faire quelque chose. Elle m’a dit qu’elle allait s’en occuper. Quelques minutes, après l’orage s’est calmé.
Pour moi, il ne faisait absolument aucun doute que m’a mère venait de s’entretenir avec Dieu et que ce dernier avait calmé l’orage.
Ma mère était mon héros. Elle m’aimait tellement qu’elle pouvait ainsi, par l’intermédiaire du tout-puissant, faire en sorte que je n’ai pas peur.
La fièvre ne veut pas tomber malgré les médicaments… mes yeux me brûlent. Je les ferme un moment.
J’entends le voisin qui dégage la neige devant son portail.
Je revois mon père faire de même lorsque j’étais enfant. Je le regardais par la fenêtre de ma chambre et nous nous faisions un signe de la main de temps en temps. J’oublie pendant quelques minutes que mon père n’est plus.
Quel trésor que ces souvenirs d’enfance.

























Gardons au chaud ces souvenirs de notre enfance, c'est une richesse même si cela égratigne le coeur.
Soigne toi bien, prends soin de toi. Je t'embrasse.