oilà, c'est dit, la Savoie sera sans nous.Nous ne partons pas comme prévu, le sourire aux lèvres, le chant dans la gorge.
Les valises ne se sont pas faites dans les rires et l'excitation.
Nous Partons vers le Sud, non pas attirés par lui comme cela aurait du l'être. D'ailleurs il n'y a pas vraiment d'itinéraire... si ce n'est la visite d'une amie... et pourquoi pas de quelques autres aussi !
Nous partons, poussés en avant, encore, toujours... comme si seulement le fait d'avoir été, le fait d'être nous, juste nous, était intolérable à la Savoie !
Nous avons toujours dérangé ici... en ne faisant rien d'autre que d'être.
Ici ont nous aura volé notre travail, notre santé, notre confiance, jusqu'à notre liberté.
Ici, on n'a pas voulu de nous.
Nous partons.
Nous partons divisés et c'est le plus douloureux.
Moi en avant garde avec Théo... à la recherche d'un endroit qui voudra de nous. A la recherche d'une nouvelle respiration, d'un peu de paix, d'un coin qui nous acceptera comme nous sommes !
Loup en arrière, vendant tout ce qui peut l'être, laissant sur place ce qui restera à jamais pour nous les années sombres, les douleurs insupportables.
Obligé de rester encore un peu tant que sa mutation n'est pas acceptée... Combien de fois l'avons-nous demandée ?!
Notre dossier sociale est en béton pourtant... mais on ne nous répond pas.
Le silence... le silence... plus violent qu'un cri.
Il nous reste une dernière carte : rapprochement de conjoint. Pour ça il me faut m'installer là-bas. Sans lui.
Sans lui.
Nous devons laisser Harold aussi, notre ado cuillère de miel, notre poète... en arrière lui aussi.
Il veut faire sa terminale dans le même lycée, garder encore un peu ses amis.
Il ne peut pas se permettre de n'être pas ancré à la prochaine rentrée scolaire
Il partagera un appartement avec sa soeur musicienne et son chéri.
La sourde brûlure dans mon ventre s'apaise un peu de les savoir ensemble. Un peu.
Je pense à ces heures passées avec lui, à parler, refaire le monde, rire, lire ses poèmes, se balader, faire des photos... je pense à nos petits déjeuners, nos discussions sans fin, je pense...
Arrête de penser à ça Pakita !
Notre famille éclatée.
Notre famille éclatée.
Leur pardonnerai-je un jour de nous obliger à cela ?
Notre force c'est notre amour. Notre force à toujours été les liens étroits de notre famille.
Quoi que nous ayons traversé, nous avons toujours resserré les rangs. Et même s'il y a eu un temps de doute... ce n'était que la fatigue, la peur... et non la réalité.
Notre famille est belle et forte et fière. Notre famille autour de Théo.
Notre famille éclatée.
Combien de temps ?
Je pars avec Théo... Sur la route.
Nous avons troqué nos vieilles voitures contre un vieux camping car... Oh ! ce n'est pas un foudre de guerre ! Mais il sera notre toit.
Il sera notre nid. Il sera notre chemin, notre voie... Il sera notre liberté !
Déjà je l'aime. Je le conduit un peu dans les routes alentours pour m'habituer.
6 mètres de long, 2 mètres 70 de haut... Je suis un chevalier sur son destrier !
Je pars avec Théo...
Pendant quelques jours, Harold sera avec nous... et puis nous serons seuls.
Loin de Loup.
Loin de Loup....
Depuis 8 ans nous sommes ensembles 24 heures sur 24 ! Nous faisons tout ensemble. Tout !
Loin de Loup... Je n'arrive même pas à me l'imaginer.
Combien de temps ?
Combien de nuits sans ses bras... Combien de jours sans sa voix et sa chaleur... Sans son intelligence et sa gentillesse.
Combien.
Des mois sûrement. Peut-être un an.
Loin de Loup.
J'éloigne Théo de tout ce qu'il connait, de tout ce qu'il aime, de tout ce qui compose sa vie !
J'éloigne Théo de son amie Lisa. Oui, je fais cela.
J'éloigne Théo de son père, de son frère, de ses soeurs... Oui, cela aussi je le fais.
Je l'éloigne de la vieille dame du bout du chemin, de Karim, de nos voisins et amis !
Je l'emporte avec moi hors de cette Savoie avant qu'elle nous avale, nous digère, avant qu'elle nous vole nos dernières forces.
J'enlève Théo à la Savoie avant que la Savoie ne nous enlève Théo.
J'enlève Théo à la Savoie. Elle ne le mérite pas.
Alors voilà c'est dit.
Encore quelques travaux à faire sur notre destrier... le contrôle technique, quelques papiers, quelques démarches administratives...
Le boudoir va ranger ses tentures, ses encens, ses musiques douces.
Il va ouvrir ses fenêtres plein vent.
Il va troquer la chaleur de son foyer, la douceur de sa meute contre les routes et les paysages, les rencontres et la solitude.
L'incertitude, les jours sans but, les espoirs et la fatigue, les doutes...
Oui.
Les doutes.
Le boudoir va changer de peau.
* Cette photo de Loup en illustration a été prise lors de son exil en Espagne avant son emprisonnement. Nous avons là aussi été séparés pendant de longs mois.
Je retrouve aujourd'hui cette même tristesse dans son regard.

























Je me réprésente votre itinerrance comme celle de deux sans-papiers ... comme celle d'une mère et son fils en cavale. Dis-moi qu'il n'y a pas de poursuite à votre encontre, dis-le moi.
Comment la poursuite d'un bonheur familial personnel, qui ne fait de tort à personne, à aucun voisin aucun citoyen, peut-elle être menacée de poursuite judiciaire !
Tendresse, oui tendresse pour vous.
Sandralou