l est 7h30, je me lève après 5 heures à peine de sommeil.Je dois raccompagner ma fille Fanny et son Loup à la gare.
Ils ont passé le week-end avec nous pour fêter l’anniversaire de Théo.
Après ces deux jours merveilleux où rien n’est venu gâcher la fête, pas même la fragilité de Théo, il faut reprendre la vie de tous les jours.
J’ouvre les volets sur un paysage gelé. Tout est recouvert de givre. La forêt à quelques mètres, les voitures sur le parking, le goudron sur la route.
Je vois un chat noir et blanc passer à côté des poubelles. Je l’aime bien ce chat, dès que je peux, je lui donne des têtes de poisson ou des restes de viande. Je l’admire de savoir résister au froid comme ça, de vivre des restes des humains.
Je câline mes deux rats mâles qui se sont réveillé en même temps que moi. Mais il fait froid dans la chambre alors je m’habille vite et file à la cuisine pour me préparer un cappuccino.
Les enfants descendent juste après, ils sont déjà de bonne humeur, ça me fait chaud au cœur.
Je vais dégeler la voiture, il fait -4°, on peut dire que ça réveille ! Puis nous partons à la gare qui n’est qu’à quelques kilomètres.
Je rentre seule, je sais que la maison sera silencieuse, que j’aurai tout mon temps pour remettre la cuisine en ordre, pour me faire chauffer un thé, peut-être même me faire griller une ou deux tranches de brioche. Je mettrai de la musique, je ferai brûler un bâton d’encens…
Je pense à tous ceux qui partent travailler, qui n’ont pas cette chance de pouvoir rentrer chez eux, de profiter de leur famille, d’organiser leur temps comme ils l’entendent.
Depuis la naissance de Théo je reste à la maison. Plus d’employeur mais plus de fiche de paye. Plus d’horaires à respecter mais plus de collègues. Plus de stress mais plus de découverte.
Je n’ai jamais su dire si l’un ou l’autre était plus facile à vivre. A quoi ça servirait de me poser la question puisque de toute façon j’ai pris la décision de rester vivre aux côtés de Théo, puisque nous ne voulons pas le placer dans une institution.
Pendant plus de 5 ans Loup n’a pas travaillé non plus puisque mis au chômage illégalement par l’éducation nationale. Pendant 5 ans nous avons vécu lui et moi côte à côte tous les jours.
Sans salaire, mais ensemble.
C’était dur ces jours de pauvreté, d’isolement, de combat pour recouvrer nos droits, pour retrouver un salaire. Mais j’ai toujours eu conscience de cette chance que nous avions malgré tout d’être ensemble, même si cela ne découlait pas de notre choix mais des conséquences d’une exclusion. Même si cela nous tenait confinés dans nos emmerdements, dans nos dossiers à résoudre.
Si je pouvais choisir de revenir en arrière, est-ce que je changerais quelque chose à nos années passées ? J’ai beau y réfléchir le plus honnêtement possible, je n’en sais rien. Alors je n’insiste pas.
Mais je me suis endormie, c’est vrai, je ne peux plus faire semblant de ne pas le voir. Je ne peux pas dire exactement quand cela a commencé, mais je crois que j’ai glissé tout doucement vers la déprime, laissant les côtés sombres de notre vie envahir mes pensées.
Ma santé défaillante n’y est pas pour rien bien sûr, mais je sais aussi que de m’être laissée aller comme ça n’a pas aidé mon corps à lutter.
Là encore, ça ne sert à rien de chercher le début de la pelote de fil, c’est le passé.
Ce que je sais c’est qu’aujourd’hui, au lendemain des 8 ans de Théo, une porte s’est ouverte dans ma tête. Pourquoi ?
Peut-être parce que les médicaments me libèrent de mon mal de dos, que je me sens plus solide !
Peut-être parce que nous venons de passer 2 jours merveilleux pendant lesquels Théo a été heureux comme rarement.
Peut-être parce Loup ne va pas bien, les traitements qu’il prend l’envahissent d’effets secondaires presque plus pénibles à vivre que l’hypertension.
Peut-être parce que j’ai le sentiment que c’est à mon tour d’être forte pour nous deux comme il l’a été toutes ces années où je me suis laissée allée.
Peut-être parce qu’en me remémorant de ces jours où Théo est né, je me suis rappelé tout ce que j’étais capable de faire et que je ne fais plus.
Peut-être…
Je ne veux pas déplacer des montagnes ! Je ne veux pas faire de projets irréalisables !
Je veux juste être moi entièrement. Je veux juste me retrouver, comme je m’aime.
N’est-ce pas un lundi merveilleux ?


























Lundi c'est un début de semaine, de période qui se renouvelle..comme cette nouvelle période où tu sembles en mesure (prête) à (te) reprendre les rênes en main. Merci pour ces pensées positives, cela fait du bien de te savoir mieux... Je pense à théo et à Loup.. Ils ont de la chance de t'avoir et réciproquement !!
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