Lundi 9 janvier 2012

54 commentaires

http://www.pakita-boudoir.com/images/illutrationbillets/animaux.jpg  
http://www.pakita-boudoir.com/images/lettrines/F.gifin d'après-midi. Les reliefs du goûter sont encore sur la table, un fond de thé froid dans ma tasse, une cigarette dans le cendrier. Je regarde par la fenêtre depuis un moment, la pensée libre, douce et douloureuse à la fois.
Franck Sinatra chante "Dream"... forcément, ça entraine un peu à la mélancolie.
J'entends Théo jouer à son nouveau jeu de play-station.
Je tourne la tête, je vois tous les petits animaux qu'il a reçus pour son anniversaire qui l'ont rendu fou de joie.
Je pense à sa vie, à ce qui la compose, à ce qu'il en perçoit.

22 décembre.
Nous allions si mal tous les 3. C'était l'anniversaire de Loup et pourtant il n'y a pas eu de fête, ni de rire.
Dès le réveil Loup et moi nous sommes disputés pour une broutille, je suis incapable de me rappeler ce que c'était. Mais Loup m'a sortie une phrase qui m'a profondément blessée. Vu l'état dans lequel j'étais alors, il n'en n'a pas fallu plus pour me mettre à terre. Dans ces cas-là je me recroqueville, je me tais, je m'enferme, j'attends. Plus rien d’autre ne compte que cette sensation de vide absolu, car sans l’amour de Loup plus rien n’est supportable.
Pendant des heures la maison s'est trouvée chargée par cette ambiance lourde faite de tristesse, d'incompréhension, le tout saupoudré de fatigue et de mauvaise conscience.
Plusieurs fois Théo est venu me voir pour me demander si j’étais encore en colère contre son père. Faut dire que ça fait des mois que nous lui apprenons à maîtriser sa colère, à la canaliser, à ne pas s’y enfermer.  "Tu peux être en colère, mais il ne faut pas que ça dure trop longtemps " lui disons-nous… et ça marche ! La plupart du temps Théo sait maintenant très vite se calmer et passer à autre chose. Du coup, c’est normal qu’il attende de nous que nous fassions de même !
J’ai pris la peine de lui expliquer que je n’étais plus en colère, mais que j’étais triste et qu’on ne sort pas de la tristesse comme on sort de la colère. Il a eu l’air de bien comprendre.
Mais bien sûr, il est revenu me voir à plusieurs reprises, me demandant pourquoi je restais triste de mon côté et papa triste du sien. J’ai fini par lui dire que j’attendais des excuses de son papa, de la même manière qu’on lui demandait qu’il s’excuse lorsqu’il avait fait ou dit quelque chose de mal.
Ni une ni deux, voilà mon loupiot qui descend voir son père pour lui dire de s’excuser auprès de moi pour que je ne sois pas triste.  
J’avais le sentiment que tout ça dérapait, que notre histoire de grand débordait dans son univers d’enfant et sans être certaine de vraiment comprendre pourquoi, je trouvais ça mal.
Nous voilà tous les trois à table pour le diner, le silence toujours envahissant.
Moi malheureuse, Loup embêté mais muet, et Théo entre nous qui tentait de comprendre et d’intervenir.
Le voilà qui demande à son père : "Alors papa, tu ne demandes pas pardon à maman ? Pour qu’elle ne soit plus triste" ?
Silence bien sûr.  Loup regarde son gamin tendrement. Il hoche de la tête tout de même pour ne pas le laisser lui aussi dans le silence.
Alors Théo se tourne vers moi et me dit : "Au fait maman, je te demande pardon pour tout à l’heure de t’avoir dit que tu étais en colère alors que tu étais triste " !
Et puis il se lève de table en nous informant qu’il avait fini de manger et qu’il allait jouer dans sa chambre.
On s’est senti cons bien sûr, et tellement fiers de notre bonhomme.
Mon Loup s’est levé, m’a posé la main sur l’épaule et m’a demandé pardon. Puis il est sorti à son tour.
Mon mal-être s’est envolé instantanément. La lumière est revenue dans ma vie, l’étau qui serrait mon cœur s’est volatilisé.
J'ai débarrassé la table, rangé la cuisine et je suis montée coucher Théo.
"Papa m’a demandé pardon, lui ai-je dit, je ne suis plus triste".
Alors mon gamin m’a offert son plus beau sourire et m’a dit : "Je suis tellement heureux" !
 
6 janvier.
Nous revenons de faire quelques courses de dernières minutes en prévision du lendemain où nous devons fêter les anniversaires de Loup, de Fanny et de Théo. Je ramène des petits ciseaux adorables en forme de coccinelle pour Théo. C’est juste un petit plus à rajouter à ce que nous avons déjà prévu pour lui.
Arrivés à la maison je les cache vite-fait sous une pile de papier en attendant que Théo soit couché pour les mettre en paquet avec le reste.
Mais Théo les découvre et me demande ce que c’est.
Par pur réflexe je lui dis :"Non ! C’était pour ton anniversaire" ! Et voilà notre bonhomme complètement décomposé, en pleure, en colère.
Il me gronde, me dit que j’aurais dû le prévenir de ne pas regarder ! Il tape sa main sur le meuble pour la punir d’avoir trouvé les ciseaux.
Nous tentons de lui expliquer que ce n’est pas grave, que les ciseaux étaient pour lui de toutes façons, et qu’il aura d’autres cadeaux à ouvrir. Mais Théo n’est pas en état de nous entendre, il pleure et se recroqueville, il se tape et crie.
Il dit qu’il ne veut pas nous écouter. Nous lui disons encore qu’il pourra réfléchir à cela plus tard, que s’il veut nous pouvons remettre les ciseaux dans un paquet qu’il ouvrira le jour de son anniversaire ou alors les garder dès aujourd’hui, comme il veut.
Il réalise alors que son anniversaire ce n’est pas le lendemain, ne comprend pas pourquoi il va ouvrir ces cadeaux alors que ce n’est pas la bonne date. Nous devons lui expliquer encore une fois la différence entre le jour de l’anniversaire et le jour de la fête qui ne sont pas forcément les mêmes, que dans notre cas c’est l’occasion de le fêter avec sa mamie, sa tante, sa sœur et son frère, mais que le jour de son anniversaire on fera la fête aussi s’il le veut.
Il se tait, continue de pleurer comme il le fait en ce moment, en silence, les yeux perdus.
Il ne veut plus toucher les ciseaux, ne veut même plus les regarder.
Il monte dans sa chambre et refuse de nous entendre.
Au bout de deux heures seulement il accepte de reparler des ciseaux. Il décide de les prendre aujourd’hui, et veut bien que nous fêtions son anniversaire en avance. Mais il me fait promettre que je devrais toujours lui dire si je cache quelque chose pour qu’il ne tombe pas dessus par hasard.
 
7 janvier
Nous sommes chez ma mère. Théo ouvre ses cadeaux… des petits animaux en plastique, tous ceux qu’il aime.
On le voit heureux, rire, pousser des cris de surprise et de bonheur. Et déjà il organise des histoires et pousse des cris d'ours et d'otaries.
Un petit garçon comme les autres ?


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commentaires

à vous

Par Pastelle le Lundi 9 janvier 2012
Ma fille qui a 23 ans aujourd'hui a toujours été en totale détresse quand je me disputais avec son père, depuis toute petite. On en venait à se planquer pour s'engueuler ! Et aujourd'hui encore il est hors de question de faire des plaisanteries sur les amants, maîtresses, ou le divorce, comme on peut le faire en toute légèreté entre nous. Mais elle se referme et nous fait la gueule avec un "Arrêtez, vous êtes pas drôles !"
Donc enfant comme les autres, oui... :)

Et moi aussi je suis furieuse et triste quand je trouve par hasard un cadeau qui m'était destiné et qui n'a pas été caché.
Alors là aussi, enfant comme d'autres ! ;)

PS : Je ne sais pas jouer à la play station. Enfant pas comme les autres ! ;)
Par elcanardo le Lundi 9 janvier 2012
Ton gamin et tes mots m'ont sincèrement ému. J'ai l'air un peu bêta là, avec une larme sur le bec mais je dois être franc : que c'est beau ! Petit garçon comme les autres ou pas, il faut reconnaître que Théo est comme sa mère semble t-il. AU delà de la compréhension et de la qualité redoutable de son raisonnement, il semble avoir un coeur énorme comme ça (il faudrait que tu puisses voir le mouvement de mes bras qui encombre tout l'espace entre moi et l'écran :-)). Réconciliant ses parents ou s'attachant à jouer les règles qu'on lui apprend, il en devient à son tour extrêmement attachant. Quel beau partage apaisant tu viens de faire là...

Coincoins énormes comme ça !
Par Débla le Lundi 9 janvier 2012
Des réactions pleines d'amour et d'intelligence. Un enfant attachant en tout cas pour la grand mère que je suis...
Par Manon. le Lundi 9 janvier 2012
Oh que oui Pakita, pour moi qui travaille toute la journée dans une école avec de jeunes enfants je peux te dire que ton Théo est comme les autres et qu'il a même une sacrée réparti !
Sa "différence" en fait un enfant d'une grande sensibilité et malgré tous les malgré n'est-ce pas la plus grande qualité que celle d'avoir de l'attention, de la sensibilité ??
Chapeau bas les parents et des chatouilles à ton petit!
Par hélianthine le Lundi 9 janvier 2012
Quelle chance vous avez d'avoir un enfant qui aide ses parents à se réconcilier!
Par pakita le Lundi 9 janvier 2012
:-) oui, nous avons tous nos petits quelques choses qui à la fois nous rapprochent des autres mais qui font de nous, mis bout à bout, une personne unique.
Je sais qu'à la maison nous pratiquons beaucoup l'auto-dérision, l'humour grinçant, voir l'humour noir et ça nous fait bien rire la plupart du temps... mais Théo n'a pas beaucoup d'humour, il prend tout au premier degré et nous devons lui préciser lorsqu'il s'agit d'une blague. Et là encore, ce n'est pas sûr qu'il va pouvoir prendre le recul nécessaire pour en rire, du coup nous faisons un peu plus attention lorsqu'il est là.
A propos de la play-station, tope-là ! Je ne sais pas y jouer et j'avoue que ça ne me tente pas trop... ouf, je me sens moins seule :-)
Quant à Théo, ma fois, c'est important pour nous de voir qu'au delà de son autisme qui l'enferme dans quelques schémas douloureux, il sait être aussi un petit garçon comme les autres.
Merci pour ton regard.
Par pakita le Lundi 9 janvier 2012
C'est gentil canardo... oui, ce jour-là, où Théo nous a réconciliés, j'ai été émue aussi, au-delà des mots, d'où tout ce temps passé avant d'être en mesure de venir le raconter au boudoir.
Et puis est arrivé ce jour des ciseaux qui nous a montré l'autre facette de Théo, sa si grande difficulté à comprendre les codes sociaux, comment tout cela fonctionnait. En y pensant par la suite, j'ai trouvé que c'était d'autant plus fantastique qu'il ai su, ce jour de dispute, agir non pas pour lui, en fonction de ce que cela faisait résonner en lui, mais bel et bien en gardant toujours à cœur ce que nous ressentions son père et moi-même. C'est capital de savoir qu'il est capable de cela et que son autisme ne le rend pas prisonnier du monde.
Bises
Par pakita le Lundi 9 janvier 2012
Bonjour Débla et bienvenue au boudoir
Oui, Théo est attachant, comme le sont particulièrement, je crois, tous les enfants différents, tous les enfants fragiles.
De le savoir si fragile justement, rend toutes ses avancées plus merveilleuses les unes que les autres et chaque pas supplémentaire est une victoire sur le handicap.
Merci pour ton passage !
Par pakita le Lundi 9 janvier 2012
Tu parles d'or Manon.
Le problème de cette hyper sensibilité de Théo c'est qu'elle lui fait peur au point de l'étouffer, de la camoufler, de la nier, de la transformer ! Mais nous voyons bien tous les progrès accomplis ces dernières années, comme Théo est maintenant capable d'affronter ses émotions, même s'il lui faut un peu de temps parfois.
Très souvent Théo semble ne pas comprendre, ne pas écouter, mais la plupart du temps nous constatons qu'il a compris, qu'il lui fallait juste une journée ou deux pour accepter.
Nous avons pris l'habitude de lui laisser ce temps et nous faisons en sorte qu'il ne se sente pas acculer à une réponse ou une attitude. Il faut à tout prix qu'il se sente en sécurité pour affronter ses émotions.
Par pakita le Lundi 9 janvier 2012
:-) n'est-ce pas ?
Bon... je ne vais pas raconter d'histoire en prétendant que c'est toujours comme ça que ça se passe, n'empêche, Théo est un enfant franc est sincère. Il ne sait pas camoufler, il ne sait pas calculer. Sans vouloir être cynique... ce sont les bons côtés de l'autisme !
N'empêche, sur ce coup, Théo nous a donné une belle leçon.
Par FrançoiseB le Lundi 9 janvier 2012
Bonsoir Pakita,
Tes billets m'interpellent à chaque fois. Ton petit Théo me fait penser à mon petit Noé. Noé est l'un de mes petits-fils qui a fait une rupture d'anévrisme il y a 7 mois. Il a déjà beaucoup récupéré, mais il a certains troubles du comportement qui me font penser à ton petit bonhomme. Et tes mots m'aident. Il faudrait que je dirige ses parents sur ton blog (sourire). Je t'embrasse fort.
Par mère à la noix le Mardi 10 janvier 2012
De même que je ne sais pas faire de fiches de lecture, que je déteste écrire pourquoi j'ai aimé tel ou tel livre ... je n'arrive pas toujours, pas souvent même, à te laisser un commentaire, chère, très chère plume. Tellement tes messages sont comme des nouvelles, égrènées de ta réalité, comme des petits pois écossés d'haricots magiques ... si bien contées. Douleurs ou plaisirs, en te lisant, je ressens tes émotions, et tantôt je souffre et tantôt je me réjouis de ce qui t'arrive.

Hugs.
mère à la noix
Par Tifenn. le Mardi 10 janvier 2012
Il est super ton gamin :-)
Pas comme les autes et comme les autres, attendrissant, et aimé de ses parents :-)
Par Cristophe le Mardi 10 janvier 2012
Pour l'histoire du 22 décembre, j'ai pensé que oui Théo est un enfant comme il peut y en avoir d'autres, que tu as raconté une histoire que tant d'autres mamans auraient pu raconter.
Pour l'histoire du 6 janvier,j'ai pensé "là ça déborde...", puis m'est revenu vaguement un souvenir de moi enfant dans un soudain accès de colère et ne voulant entendre de raison... Comment aurai-je réagi dans la même situation que Théo ? Peut-être un peu comme lui. Ceci dit, je n'étais peut-être pas non plus un enfant "comme un autre". d:-)
Le 7 janvier, tout me semble normal. Mais j'imagine que Théo peut être dans l'excès aussi bien dans la joie que dans la colère...
Par Bleck le Mardi 10 janvier 2012
Qu'est-ce que j'aime ce billet ! Vraiment tu vois j'aime beaucoup ce billet... Tout et plus encore l'intro tel un script, j'y suis tu écris vraiment bien et puis la sensibilité de votre fils même si je la connais un peu (oui, parce que je crois pouvoir écrire que je la connais un tout petit peu, tout de même.)
Tu sais bien que je lis quasiment tout chez toi, l'autre jour j'ai été mal de lire cette utilisation du mot "bâtard" ici et puis chez moi, sensiblerie de ma part peut-être, j'aime pas et puis c'est tout.
Mais là, Bravo et puis bravo Théo c'est un petit môme comme les autres comme tous les autres si différents les uns des autres, évidemment.

Une bise, Bleck.
Par pakita le Mardi 10 janvier 2012
Bonjour Françoise. Oui ! C'est toi la mamie du petit gars formidable ! Incroyable ce que le monde des blogs est petit finalement. J'ai lu une partie de ton blog cet été, je m'en souviens bien, je parlais de ton petit fils à Loup pendant qu'il avait le nez dans le moteur de notre camping car. Nous parlions de la malchance, de l'injustice, de la douleur que c'est de voir son si jeune enfant subissant une rupture d'anévrisme ! Et puis son courage,sa volonté de s'en sortir (je me souviens du billet où il remonte pour la première fois sur sa balançoire), le courage aussi de ses parents.
Tu me dis qu'il présente quelques symptômes communs avec Théo ? ça intéresserais vraiment que tu développes, c'est très important pour nous de réussir à savoir ce qui, chez Théo vient de ses problèmes neurologiques, autistiques ou qui sont juste liés à son caractère, à sa personnalité.
Je crois me souvenir que les parents du petit Noé ne sont pas très friands du Net, mais ils sont les bienvenus ici ou en privé s'ils ont envie de discuter un peu.
Quoi qu'il en soit je suis heureuse, oui vraiment heureuse si d'une manière ou d'une autres mes mots peuvent t'aider.
Passe une bonne journée.
Par pakita le Mardi 10 janvier 2012
Hello petite mère. Et pourtant tes commentaires me vont toujours droit au cœur et souvent touchent juste !
Mais ce que tu me dis me fait plaisir et je prends le compliment, car c'est un de ceux qui me sont cher. J'aime conter... j'aime cette idée qu'on peut, par les mots et juste les mots, emmener le lecteur avec soi et lui faire partager autre chose que les mots justement, mais amener jusqu'à lui toute une gamme de sentiments, de sensations, de ressentis... J'aime cette idée du partage, de l’entremêlement de nos pensées et de nos vies.
C'est ce que je voulais faire en écrivant ce billet, juste vous inviter dans quelques minutes de notre vie aux côtés de Théo. Juste vous le montrer tel qu'il est, sans le filtre de ma pensée.
Je t'embrasse tout doux
ps : je n'arriverai décidément jamais à t'appeler mère à la noix... Car ce n'est pas ce que tu es à mes yeux, et comme j'hésite à utiliser ton vrai prénom il va me falloir te trouver un surnom ! :-)
Par pakita le Mardi 10 janvier 2012
Bonjour Tifenn !!! Comme je suis heureuse de te lire ! Je met ton lien en marque page immédiatement, je l'avais perdu je ne sais plus quand.
Oui, voilà, pas comme les autres, mais comme les autres finalement. N'est-ce pas ce que nous sommes tous ?
Nous parlons de nos enfants différents, mais tu sais quoi ? j'ai toujours pensé de tous mes enfants qu'ils étaient différents. N'est-ce pas ce que tous les parents pensent de leurs enfants ?
D'ailleurs je ne suis pas de celle qui préfère le terme "enfant différent" à "handicapé". C'est frappant cette manie qu'on a de vouloir minimiser l'impact des handicaps dans leur nomination. "non voyant", "mal entendant" "enfant différent"...
Il y a pas mal de gens parmi les parents d'enfants autistes qui se battent comme des malades pour qu'on ne dise pas "un autiste", mais "une personne atteinte d'autisme"... si c'est pas de la langue de bois ça ! Si ce n'est pas perdre son temps et ses forces pour rien !
Bon, dis, j's'rais pas en train de m'emballer un peu moi ? :-)
Je retiens juste que t'ai passé et que je ne te lâche plus !
Par pakita le Mardi 10 janvier 2012
Oui voilà, tu as tout dis. Dans chaque événement, Théo vit ce qu'un autre enfant peut vivre, c'est au final le regard général qu'on porte sur lui qui fait "sa différence".
Et puis bien sûr, ce que nous voyons et que je ne dis pas, parce que ce n'est pas forcément le sujet. Ses tics, ses grognements, ses manies, ses difficultés d'élocution.
Mais j'aime mieux parler de qui est Théo plutôt que de ces détails (qui n'en sont pas bien sûr et qui feront peut-être le sujet d'un billet).
Tu sais, à te lire depuis plusieurs mois, je me suis souvent dit que tu me faisais penser à Théo.
J'espère que tu ne le prendras pas mal !! Mais ton franc parler, ta façon d'aborder les choses sans fioriture, sans chercher "à plaire". Alors oui, je veux bien te croire lorsque tu dis que tu as été un enfant pas comme les autres.
Sinon oui, tout à fait, Théo peut-être dans les excès dans la colère comme dans la joie. Disons qu'il est souvent dans le "débordement".
Par pakita le Mardi 10 janvier 2012
Merci Bleck. Oui étonnant que le mot "bâtard" t'ai dérangé à ce point. Mais c'est comme ça ! Ce n'est vraiment pas grave.
Et puis voilà, il arrive parfois que tu aimes particulièrement un billet que j'écris, et tu viens me le dire tout autant. N'est-ce pas ça le plus important ? Qu'on puisse se dire les choses ? qu'on ai confiance en l'autre pour lui dire qu'on aime ou qu'on aime pas sans que ça change rien à l'affaire ?
J'aime écrire, tu le sais mieux que quiconque (tu n'auras pas oublié ce défit lancé à propos du fou-rire !) et hier, l'ambiance était particulière, Franck Sinatra, l'odeur du thé à la bergamote, le calme dans la cuisine, juste les reliefs du goûter et des jouets de Théo. C'était idéal pour écrire, pour décrire.
Alors je me suis lancée et tout est venu d'un coup. Je crois que je n'ai pas eu à corriger un seul mot. C'est comme ça parfois. la pensée limpide.
Je t'embrasse.
Par mère à la noix le Mardi 10 janvier 2012
Sandralou, appelle-moi Sandralou !qui vient du pays de la bergamote vendue sous la forme de petits carrés jaune translucides.
Mirabelles et bergamotes, toutes mon enfance.
Bises depuis mon mug.
Par Cristophe le Mardi 10 janvier 2012
Non Pakita je ne le prends pas mal. J'ai récupéré récemment mon dossier médical, j'y ai revu ce que des psys disaient de moi, j'ai dans l'idée d'écrire là-dessus, ça sortira peut-être sur mon blog. J'accepte d'entendre aussi bien ton ressenti que les avis des spécialistes. Puis tu as lu de mes articles avec attention, ça me fait plaisir ! d:-)
Par FrançoiseB le Mardi 10 janvier 2012
Pakita, je t'écrirai en privé pour t'expliquer le cas de mon petit-fils. As-tu une adresse mail ?
Bisous à toi, et bonne journée.
Par Bleck le Mardi 10 janvier 2012
@ FrançoiseB - Non, Pakita n'a pas d'adresse mail, d'ailleurs elle ne possède pas internet.

Bleck
Par FrançoiseB le Mardi 10 janvier 2012
sourire... :-)
J'ai trouvé où lui écrire, Bleck... :-)
Par pakita le Mardi 10 janvier 2012
Oui, Sandralou j'aime bien ! Des carrés à la bergamotes ? késako ?
Bises avant de filer chez le médecin... pour moi cette foi, et tu sais quoi ? j'ai un trac pas croyable... c'est fou non ? arriver à 47 ans et avoir peur d'aller chez le médecin.
Peur d'être déçue encore une fois, de n'être pas prise au sérieux, qu'on ne s'occupe pas de moi. Peur aussi de ce que je vais entendre, des conséquence de ces années à ne pas m'être occupée de moi. Peur de la note à payer en fait !
Allez... je respire.
Par pakita le Mardi 10 janvier 2012
ah, toi aussi tu as été de la chaire à psy dans ton enfance ? J'y ai passé quelques temps dans leur bureau également. Esprit trop libre qu'ils disaient, tu te rends compte ! Esprit trop libre, comment peut-on sortir une telle connerie !
Je les emmerde, je les ai toujours emmerdés et j'ai gardé mon esprit libre, c'est ce que je préfère chez moi.
Oui, je te lis avec attention, car j'ai vu très vite derrière des textes sans fioriture la sensibilité profonde qu'il y a en toi.
Par pakita le Mardi 10 janvier 2012
Pour m'écrire en privé, cliques sur "contacter l'auteur" juste sous ma photo en haut de la colonne de gauche. Ensuite je te répondrai et tu auras alors mon adresse email.
Et t'occupes pas des remarques de Bleck qu'est rien qu'un vilain garnement parfois qui aime bien embêter les filles ;-)
Par pakita le Mardi 10 janvier 2012
Dis donc toi, c'est quand la dernière fois où je t'ai fait copier des lignes pour avoir embêté mes copines ? ;-)
Par pakita le Mardi 10 janvier 2012
Hop, on s'est croisées...
Par ppm00 le Mardi 10 janvier 2012
J'ai eu la larme à l'œil quand Loup a demandé pardon. Pourtant je suis contre le pardon, je préfère juste dire que je regrette.
Sinon, Théo est comme tout le monde ... ou comme personne. Personne n'est comme tout le monde, tout le monde est unique ;-)
Par pakita le Mardi 10 janvier 2012
bah, il y a pardon et pardon :-)
Pardon pour une phrase blessante, ça ne fait pas de mal, ce n'est pas "manger son vomi" comme tu le dis si bien, c'est juste retrouver le chemin de l'autre, admettre qu'on y est allé un peu fort... finalement, c'est dire qu'on regrette.
Loup a du mal à demander pardon aussi, je ne sais pas exactement pourquoi, il n'a pas de fierté mal placé ni d'ego surdimensionné... c'est peut-être parce qu'il sait que ce genre de dispute n'est pas le fait d'une personne, mais d'une situation.
Et puis je ne suis pas rancunière, je sais bien que Loup ne veut pas me faire de mal, qu'il est aussi malheureux que moi, aussi fragile que moi. Quand il me fait "mal", il se fait mal aussi.
Quant à Théo ma foi, j'ai toujours du mal à dire qu'il est comme tout le monde tellement j'ai peur qu'au final on oublie son autisme, ce serait tellement préjudiciable pour lui et en même temps je ne veux pas qu'on ne le regarde que comme un enfant autiste, mais bel et bien comme : Théo !
Par Jeanne 2 le Mardi 10 janvier 2012
Théo a une incroyable perception des rapports humains et de la justice , il a besoin de comprendre , à travers ce qui est palpable dans les sentiments , tristesse , repli , que les adultes qui l'entourent doivent aussi faire des efforts
Que c'est dur .. pour lui , pour toi , pris entre tristesse et culpabilité de l'avoir immiscé dans des histoires de grands
Le billet est tellement positif , ce garçon , ton Théo montre des aptitudes étonnantes à entrer dans l'univers des émotions
Les animaux , j'appelle ça des "jouets oubliés " sont sources de jeu infini , un monde imaginaire rassurant , à portée de main
Rien de mieux
Ecrire l'histoire de Théo , la votre est un cadeau précieux pour vous , pour lui
tu as ce don là Pakita
Par pakita le Mardi 10 janvier 2012
En vérité, tout cela est terriblement paradoxale, car en effet ce jour là, indéniablement Théo a su déchiffrer le nœud du problème, disons qu'il l'a réduit à sa plus simple explication, ôtant le superficiel, la rendant donc simple à réparer !
Mais bel et bien, la difficulté majeure de Théo est de comprendre les interactions sociales, les sentiments, les difficulté d'être et de dire. Il a du mal à déchiffrer les sentiments, il confond la colère et la passion, et la tristesse. Il ne partage pas le rire avec les autres. Une pièce entière peut être en train de rire, ce rire ne lui sera pas communiqué. Il n'est pas en empathie, ni même en sympathie. Par contre, oui, il a besoin d'explication, alors il sait où il va et il y va tout droit, sans détour, sans fioriture. Théo ne ment pas, ne transforme pas, ne camouffle pas. Il dit ce qu'il comprend.
Mais bel et bien ce jour là il a admis ma tristesse, il a admis aussi que ce n'était pas aussi simple que ça pour nous de passer par-dessus cette tristesse. Il a admis que son père avait besoin de temps. Mais c'est peut-être aussi parce que nous l'avons habitué à respecter son temps à lui. Nous ne le brusquons jamais, à l'inverse nous essayons de lui laisser le temps de bien comprendre et d'être prêt à faire les choses. Il faut que nous soyons cohérents dans nos propres attitudes si nous voulons qu'il nous fasse confiance. Théo est précieux car il n'y a aucun calcul en lui. Il nous renvoit notre image telle qu'il la ressent. A nous d'être à son écoute et de faire en sorte qu'il ne sente pas perdu.
Je pense comme toi que jouer avec des petits animaux est très formateur pour lui. C'est un univers qu'il aime, qui le rassure, dans lequel il peut reproduire des schémas encore mal compris et qui l'aideront par la suite à mieux vivre parmi les humains.
Quant à raconter son histoire ici, c'est un choix que j'ai fais il y a maintenant 3 ans, pour lui donner la parole. Je voulais que Théo existe au-delà de sa difficulté à s'exprimer.
Aujourd'hui Théo parle beaucoup mieux, il sait se faire comprendre. Lorsque j'ai ouvert le boudoir il était tout juste en train de réapprendre à parler et j'avais peur que sa vie se réduise à son silence. C'est la vie de Théo, la vie aux côtés de Théo, mais aussi la cause des enfants autistes et de leur parents que je voulais décrire ici.
Par jany le Mardi 10 janvier 2012
quel merveilleux petit bonhomme :D
il a fait de formidables progrès
vous avez un bel amour avec votre Loup et si des fois ça "accroche" c'est la fatigue la grande résponsable...et avoir un ptit Théo pour vous ramener sur le bon chemin c'est trop génial!
bonne soirée
Par pakita le Mardi 10 janvier 2012
oui, voilà, si ça accroche comme tu le dis si bien, c'est la fatigue, les nerfs usés. Fondamentalement nous sommes d'accord, mais il faut bien que ça sorte parfois ! Alors c'est l'autre qui prend. Pas toujours facile d'échapper à ça. Et puis Théo nous a fait ce beau cadeau de nous aider à nous retrouver. Il faut voir aussi cette beauté dans notre vie.
Par LorH le Mardi 10 janvier 2012
Je commence souvent des commentaires, j'hésite, je trouve mes mots vides, j'efface. Là je ne peux que réagir : oui, ses réactions me font penser à celles d'un petit enfant "comme les autres", en tous cas au mien ;) Le mien (un peu plus de 2 ans et demi) ayant un caractère très difficile, et une sensibilité à fleur de peau... à un point que nous sommes allés avec lui voir une pedopsy il y a quelques mois, n'en pouvant plus, ne sachant plus comment nous comporter avec lui... et inquiets qu'il présente un quelconque "trouble du comportement". Il n'en est rien, apparemment. Juste un petit gars au caractère bien trempé, un très fin observateur avec une mémoire incroyable, et sensible, très sensible. Alors, oui, là, dans ce que tu écris, ton adorable Théo me fait penser à mon bonhomme :)
Par Ln le Mardi 10 janvier 2012
hyper sensible et très intelligent. J'ai l'impression qu'il ne va pas trop mal ces temps ci et qu'il vit une grosse période de progrès.
Et ses parents ? ça va mieux ?
Par Anouchka. le Mercredi 11 janvier 2012
Encore une fois je peux me retrouver dans les réactions de Théo. Ici je peux le dire, mais j'avais découvert les cadeaux que ma fille me réservait pour Noël et ça m'a fait tellement mal même si elle n'est toujours pas au courant. J'en ai ragé durant des jours et des jours......J'en ai encore mal en te l'avouant il faut le dire, comme si quelque part je trahissais la confiance qu'elle a en moi (j'ai pas fouillé, je suis tombée dessus par hasard) et comme si cela n'aurait pas du arriver.
Je ne sais pas ce que c'est qu'être comme les autres, enfant ou pas, c'est sans doute la question que je me pose le plus souvent, celle de la normalité et je saoule ma psy avec le sujet alors je suis mal placée pour donner un avis !!
Bonne journée ma belle, bises douces
Par Iddril le Mercredi 11 janvier 2012
Ton petit garçon est génial et réagit comme n'importe quel autre enfant l'aurait fait. J'ai un petit cousin austiste, qui a un ou deux ans de plus que le tien,je me souviens combien il m'avait déroutée tout petit, ce regard qui fuit, ces comportements surprenants et excessifs auxquels on ne sait pas toujours comment réagir, cette absence de communication spontanée. Aujourd'hui, il vous regarde droit dans les yeux, il communique, suit un parcours scolaire avec les autres enfants grâce à ses parents d'un milieu modeste qui se sont battus avec leurs moyens pour qu'il progresse, soit accepté dans une société où on n'aime pas trop la différence.
Et je comprends ta détresse, comment réagir au mieux avec lui. Quelle patience, quelle diplomatie! Deux de mes enfants sont hypersensibles(comme moi, sans doute)avec des réactions différentes et, lorsqu'ils ont mal, j'aimerais les aider au mieux et je développe des trésors d'invention pour, surtout, garder le dialogue. Aujourd'hui, ils sont grands, 21 et 17ans, mais, toujours aussi sensibles et révoltés, ils progressent...
Par pakita le Mercredi 11 janvier 2012
2 ans c'est un âge pas facile dans l'évolution de l'enfant. C'est l'âge où il découvre le pouvoir du "non" et s'il a du caractère il en use voire même en abuse ! Mon fils aîné était épuisant à cet âge là et plus d'une fois nous finissions les journées désespérés son père et moi, d'autant qu'il ne dormait pas beaucoup et qu'il bousillait bien nos nuits également. Et puis il a grandit et a appris que c'était bien aussi de s'entendre, d'être d'accord avec les autres, d'obéir aux règles... ça s'est fait tout doucement. De notre côté nous avons un peu redressé notre mode d'éducation, faut dire que nous avions 20 ans alors et plein d'idées farfelues dans la tête. Nous lui avons donné un cadre plus précis, des limites aussi.
Mais on s'est fait du soucis, c'est vrai.
Alors courage pour votre loulou ! Ce sont quelques mois un peu difficiles mais ça vaut la peine de tenir le coup ! Et puis la sensibilité, même si elle amène son lot de souffrance, c'est tout de même une qualité merveilleuse je trouve. C'est elle qui fait les plus beaux humains.
Par pakita le Mercredi 11 janvier 2012
Hyper-sensible, à n'en pas douter.
Intelligent, le sujet est délicat.
A sa manière, peut-être, mais bel et bien Théo souffre d'une déficience mentale. Nous ne savons pas l’évaluer, est-ce possible d'ailleurs ?
Mais Théo a du mal à saisir les concepts, il faut lui répéter les choses plusieurs fois et on sent qu'il a du mal à les comprendre.
Mais à le regarder vivre, on ne peut pas douter de l'existence d'une autre intelligence. Une intelligence qu'il a battit à travers son handicap, à travers ses difficultés à percevoir le monde et à s'y adapter.
Théo s'est fabriqué ses propres limites, ses propres frontières afin de savoir où il est, où il va. Je crois qu'il est le maître dans son monde et que c'est ce qui lui permet d'aller pas si mal, d'être heureux la plupart du temps.
Bien sûr, lorsqu'on lui demande de sortir de se monde, de se confronter à l'autre, il a beaucoup plus de mal, il en refuse les règles et demande sans cesse à quoi elles correspondent.
Mais oui, il progresse. C'est long, c'est en dents de scie, c'est parfois douloureux, mais bel et bien il progresse et il est capable aujourd'hui de tenir compte de la tristesse de l'autre ce qui était encore impossible il y a moins d'un an. C'est une victoire sans prix sur son handicap.
Quant aux parents... ma foi, ils se soignent, c'est un début ;-)
Par pakita le Mercredi 11 janvier 2012
Difficile sujet que celui de la normalité.
Qui la définie ? Qui décide de dire que ne pas souffrir pour ceci ou souffrir pour cela est normal ? La normalité n'est qu'un moule dans lequel on nous fait croire qu'il faut rentrer pour faire parti de la société.
Non, la vraie question, celle qui compte c'est est-ce qu'on est en accord avec soi-même ! Est-ce qu'on va son chemin.
C'est en cela essentiellement que nous nous battons pour Théo et que nous refusons que les comportementalistes lui foutent la mains dessus et que nous refusons également de le confier à des centres. Il ne faudrait pas longtemps avant que Théo ne compte plus pour ce qu'il est mais qu'il ne soit considéré plus que comme un autiste avec telle ou telle caractéristiques à corriger.
Tu veux que je te dise Anouchka, sans vouloir minimiser la douleur de tes phobies qui te bouffent la vie, moi non plus je ne sais pas ce qu'est la normalité. Toute mon enfance on m'a demandé de me "calmer" de "mettre mon poing dans ma poche", "d'accepter ce qui me paraissait inacceptable" puis ado, puis adulte finalement. Je ne me sens pas à ma place, d'où le billet "bâtards" écrit avant celui-ci.
Mais contrairement à toi, je sais qui je suis, je sais ce que je veux et surtout ce que je ne veux pas. Je sais quel est mon chemin.
Nous avons tous notre place dans la société, du plus fragile au plus fort, du plus grand au plus petit.
Par pakita le Mercredi 11 janvier 2012
Merci pour ton témoignage Iddril.
Je n'irais pas jusqu'à dire que Théo réagit comme n'importe quel enfant, sinon bah, il ne serait pas autiste :-) Mais il a parfois des réactions spontanées et adéquates, ce qui nous laisse à penser qu'il en est capable, qu'il a cela en lui.
Le danger serait d'attendre de lui qu'il soit ainsi tout le temps, puisqu'il l'a fait une fois.
Ce n'est pas aussi simple bien sûr et jamais nous n'attendrons ça de lui. Par contre nous savons que nous pouvons travailler sur ce terrain, nous pouvons aussi nous servir de ce moment comme exemple pour lui expliquer.
Quand il nous dit qu'il n'arrivera jamais à lire et à écrire, nous lui rappelons qu'il avait dit qu'il n'arriverait jamais à faire du vélo, qu'il n'arriverait jamais à être propre etc... et qu'aujourd'hui il sait le faire ! On voit que sa le touche, que ça lui parle.
Lorsqu'il nous dira qu'il ne sait pas faire la différence entre la colère et la tristesse, nous pourrons faire référence à cette journée et cela deviendra tangible pour lui.
Je suis également quelqu'un d'hyper sensible, depuis toute petite. J'ai eu la chance d'évoluer dans le monde artistique qui m'a permis d'évacuer et de transformer cette sensibilité, mais bel et bien j'ai le sentiment de souffrir plus que la plupart. Je prend toute la tristesse du monde dans le ventre, je ne sais pas comment me protéger. Mais si on me proposait de changer je ne le voudrais pour rien au monde. Car cette hyper sensibilité me raccroche à la terre, au monde. J'ai le sentiment d'être en vie. Bien plus en vie que beaucoup de monde que je croise et qui, d'apparence sont bien plus heureux que moi... mais bien moins en vie.
Alors oui, mille fois oui, garde le contact avec tes enfants ! Mes parents n'ont pas su le faire avec moi, ma sensibilité les a toujours dérangés, déconcertés. Mon ex-mari ne l'a pas fait non plus, il a tenté de l'écraser par tous les moyens.
Mais aujourd'hui j'ai Loup et j'ai mes enfants et le contact est là et je suis de nouveau complètement en vie.
Par Angèle* le Mercredi 11 janvier 2012
Coucou, à lire les commentaires et les réponses que tu y fais, je suis bien certaine d'une chose, c'est que Théo a une chance, c'est d'être avec toi et Loup, et non pas dans un centre quelconque. Comment dire, la façon dont vous l'entourez, dont vous vivez, me semble plus " normale " que ce qu'il pourrait recevoir ailleurs. Oh et puis hein, grosso modo, Théo, il est comme il est, ça se voit dans les 3 petits évènements que tu as relatés. A chaque fois, il laisse parler son émotion du moment et oui, comme un enfant le fait, avec spontanéité et sans retenue. Ca me parait bien plus sain comme comportement que tout ce qui est calculé à l'avance. Je ne sais pas si je suis claire, c'est la fièvre :))
Par pakita le Mercredi 11 janvier 2012
Oui tu es claire bien sûr, d'autant que je rejoins complètement ton avis ! Comment Théo pourrait-il se développer librement dans un institut où il serait mélanger avec des enfants porteur d'un handicap différent du sien ? où on n'aurait pas le temps de réellement prendre en compte qui il est ? où l'organisation du centre primerait sur son bien être et son caractère propre ?! Théo n'est pas capable de "se défendre" contre cela. Pas pour l'instant en tous les cas.
Alors il n'est pas question de le laisser cloîtrer à vie à la maison bien sûr et tout ce que nous faisons pour lui aujourd'hui est dans le but de l'aider justement à aborder le monde le mieux possible et d'y faire sa place. Mais il n'a que 8 ans, nous avons encore le temps de prendre soin de lui comme nous l'entendons, à son rythme.
Je pense en effet que si aujourd'hui Théo peut être qui il est, vraiment, c'est parce que nous l'avons toujours respecté tel qu'il est et non tel que nous le souhaiterions, par facilité, par simplicité.
Et regarde ! Regarde ces victoires qui sont nos plus belles récompenses !
Prends soin de toi surtout et dés que tu peux, tiens nous au courant de ton état.
Je t'embrasse.
Par Nounouche le Mercredi 11 janvier 2012
Quand je te lis écrire sur Théo, je ne peux m'empêcher de regarder mes zozos.... une chose est vraiment forte chez ton fils, c'est sa grande sensibilité. ses réactions sont si "à fleur de peau". Sans vouloir jouer à la psy, j'ai quand même l'impression qu'il a de qui tenir, toi et Loup me semblaient aussi si fragiles, si doux. Je n'arrive pas à trouver mes mots, vous me faites penser à des roseaux qui plient sous les "émotions" et se redressent pour affronter la vie.
Par pakita le Mercredi 11 janvier 2012
Hello Nounouche, je viens justement de chez toi où j'ai bien salivé avec ta belle galette des rois :-)
Je ne sais pas trop quoi dire, oui nous sommes sensibles, nous avons beaucoup d'empathie, de sympathie et le malheur autour de nous nous touche énormément. Nous avons élevé nos enfants avec ces valeurs de compassion qui nous semble essentielles. Alors oui, peut-être qu'effectivement Théo a pris cette part de nous. Il nous voit nous bagarrer depuis qu'il est né. Il est d'ailleurs né au milieu de la tourmente. Il ne nous a jamais vraiment connu sereins, reposés.
Est-ce qu'il en a conscience ? Est-ce qu'il se fait une idée des emmerdements qui n'ont cessé de nous poursuivre toutes ces années et de l'état de fatigue dans laquelle nous sommes aujourd'hui ?
Souvent il dit : "ah oui, je ne te demande pas de monter dans ma chambre parce que tu as mal au dos" ou bien comme tout à l'heure où j'avais froid il me dit : "c'est parce que tu es malade que tu as froid, il faut prendre tes médicaments". Cette sensibilité, c'est à la fois un fardeau et un cadeau.
J'aime beaucoup l'image que tu as trouvée, pliant pour supporter, se relevant pour affronter. Oui, c'est bien un peu comme ça.
Bises.
Par Doc GREG le Mercredi 11 janvier 2012
S'il est vrai que Théo doit être triste lorsque vous êtes"fachés",je suis convaincu qu'il doit être heureux lorsqu'il vous voit "amoureux".
Je vous le souhaite sincerement.
Par S. le Mercredi 11 janvier 2012
J’imagine que la difficulté de vivre une sorte de relation triangulaire. Une relation à l’enfant qu’il est, l’autre à sa problématique complexe. La difficulté à cerner ce qui est de lui et ce qui résulte de son autisme. Le tout étant lui, un petit bonhomme en construction qui aime jouer avec des animaux en plastique :)
J’imagine aussi les ressources permanentes et l’énergie qu’il faut mobiliser pour adapter vos réponses à son hyper émotivité.
Ce que je ressens en te lisant c’est la profonde pureté des ses émotions. Je ne sais pas si Théo est créatif, mais j’imagine toutes ces choses le traversant transposées dans le dessin ou n’importe quel travail artistique.
Parce que les artistes font l’exact chemin inverse vers leurs émotions en tentant de renouveler sans cesse le tour de force qui consiste à essayer de se dépouiller de ses défenses, de sa carapace cognitive et émotionnelle.
Par pakita le Mercredi 11 janvier 2012
En effet, je pense que Théo est plus serein lorsque nous nous entendons. Je ne sais pas s'il est heureux même si c'est le mot qu'il emploi, en tous les cas, d'évidence il est rassuré, pour le coup comme tous les enfants j'imagine.
En même temps je crois qu'il ne craint pas les dispute outre mesure. Il nous a vu (hélas) souvent nous disputer Loup et moi qui avons tous les deux notre petit caractère, mais il nous a vu tout autant nous réconcilier.
Je crois que ce qui inquiète Théo c'est le silence. Tant que nous nous parlons, tout va bien.
Tous nos enfants le savent que Loup et moi malgré nos emportements nous nous aimons. C'est un lien solide entre nous que même les vents violents ne seraient faire bouger.
Par pakita le Mercredi 11 janvier 2012
Tu mets le doigt sur un problème capital en effet. Qui est Théo au-delà de son autisme ? Quelle est la part de lui dans telle ou telle réaction ? Est-ce le caprice d'un enfant qui veut quelque chose qui lui résiste ? ou la traduction de son angoisse à voir les choses lui échapper ?
Cette problématique est en permanence dans le regard que nous portons sur lui et elle nous rend effectivement la vie bien complexe.
D'une manière générale, nous tenons toujours compte de son extrême fragilité, tant pis si ce n'était qu'un caprice, nous ne pouvons pas prendre le risque de le blesser.
Pour l'instant Théo n'est pas vraiment créatif. Il ne dessine pas, il commence tout juste à colorier. Il a beaucoup de mal à tenir un crayon. Il ne sait pas découper, n'arrive à rien avec de la pâte à modeler, faut dire qu'il est encore un peu hypotonique au niveau des doigts, mais ça va en s'arrangeant. Sa créativité, il semblerait qu'il est en train de la développer dans les histoires qu'il invente puis qu'il filme avec sa toute nouvelle caméra. Il a beaucoup d'imagination, contrairement à ce qui est dit des autistes en général. Nous envisageons de le mettre à la musique lorsqu'on le sentira prêt. Nous avions pensé à la batterie il y a peu, mais en réfléchissant un peu on s'est dit que c'était un instrument qui avait besoin d'être joué avec d'autre. Il serait mieux de lui trouvé un instrument mélodique. A voir donc.
Mais le monde de Théo est riche, il serait dommage de ne pas lui donné les clés pour le développer et le partager ! Tous ses frères et sœurs sont artistes... va savoir ce qu'il nous réserve ce petit loup ;-)
Par Koryganne le Samedi 28 janvier 2012
J'avais juste envie de dire que cette note m'a émue aux larmes. C'est tellement rare que j'avais envie de le dire.
Je crois que c'est en rapport avec le pardon et le sentiment de solitude quand on est en désaccord avec l'autre... et à la "simplicité" de ton fils.
Je te (vous) trouve admirables...
Par pakita le Samedi 28 janvier 2012
Bonjour Koryganne et bienvenue au boudoir.
Peut-être que ce billet te parle particulièrement, qu'il fait vibrer une corde sensible en toi.
Mais c'est vrai que ces disputes, c'est dur, on a, comme tu le dis, ce terrible sentiment de solitude. Et tout devient compliqué. C'est pour ça que la "simplicité" de notre fils a su si bien nous aider à sortir de là.
Merci pour ton passage et d'avoir pris la peine de me laisser un petit mot.
 

à vous









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