in d'après-midi. Les reliefs du goûter sont encore sur la table, un fond de thé froid dans ma tasse, une cigarette dans le cendrier. Je regarde par la fenêtre depuis un moment, la pensée libre, douce et douloureuse à la fois.Franck Sinatra chante "Dream"... forcément, ça entraine un peu à la mélancolie.
J'entends Théo jouer à son nouveau jeu de play-station.
Je tourne la tête, je vois tous les petits animaux qu'il a reçus pour son anniversaire qui l'ont rendu fou de joie.
Je pense à sa vie, à ce qui la compose, à ce qu'il en perçoit.
22 décembre.
Nous allions si mal tous les 3. C'était l'anniversaire de Loup et pourtant il n'y a pas eu de fête, ni de rire.
Dès le réveil Loup et moi nous sommes disputés pour une broutille, je suis incapable de me rappeler ce que c'était. Mais Loup m'a sortie une phrase qui m'a profondément blessée. Vu l'état dans lequel j'étais alors, il n'en n'a pas fallu plus pour me mettre à terre. Dans ces cas-là je me recroqueville, je me tais, je m'enferme, j'attends. Plus rien d’autre ne compte que cette sensation de vide absolu, car sans l’amour de Loup plus rien n’est supportable.
Pendant des heures la maison s'est trouvée chargée par cette ambiance lourde faite de tristesse, d'incompréhension, le tout saupoudré de fatigue et de mauvaise conscience.
Plusieurs fois Théo est venu me voir pour me demander si j’étais encore en colère contre son père. Faut dire que ça fait des mois que nous lui apprenons à maîtriser sa colère, à la canaliser, à ne pas s’y enfermer. "Tu peux être en colère, mais il ne faut pas que ça dure trop longtemps " lui disons-nous… et ça marche ! La plupart du temps Théo sait maintenant très vite se calmer et passer à autre chose. Du coup, c’est normal qu’il attende de nous que nous fassions de même !
J’ai pris la peine de lui expliquer que je n’étais plus en colère, mais que j’étais triste et qu’on ne sort pas de la tristesse comme on sort de la colère. Il a eu l’air de bien comprendre.
Mais bien sûr, il est revenu me voir à plusieurs reprises, me demandant pourquoi je restais triste de mon côté et papa triste du sien. J’ai fini par lui dire que j’attendais des excuses de son papa, de la même manière qu’on lui demandait qu’il s’excuse lorsqu’il avait fait ou dit quelque chose de mal.
Ni une ni deux, voilà mon loupiot qui descend voir son père pour lui dire de s’excuser auprès de moi pour que je ne sois pas triste.
J’avais le sentiment que tout ça dérapait, que notre histoire de grand débordait dans son univers d’enfant et sans être certaine de vraiment comprendre pourquoi, je trouvais ça mal.
Nous voilà tous les trois à table pour le diner, le silence toujours envahissant.
Moi malheureuse, Loup embêté mais muet, et Théo entre nous qui tentait de comprendre et d’intervenir.
Le voilà qui demande à son père : "Alors papa, tu ne demandes pas pardon à maman ? Pour qu’elle ne soit plus triste" ?
Silence bien sûr. Loup regarde son gamin tendrement. Il hoche de la tête tout de même pour ne pas le laisser lui aussi dans le silence.
Alors Théo se tourne vers moi et me dit : "Au fait maman, je te demande pardon pour tout à l’heure de t’avoir dit que tu étais en colère alors que tu étais triste " !
Et puis il se lève de table en nous informant qu’il avait fini de manger et qu’il allait jouer dans sa chambre.
On s’est senti cons bien sûr, et tellement fiers de notre bonhomme.
Mon Loup s’est levé, m’a posé la main sur l’épaule et m’a demandé pardon. Puis il est sorti à son tour.
Mon mal-être s’est envolé instantanément. La lumière est revenue dans ma vie, l’étau qui serrait mon cœur s’est volatilisé.
J'ai débarrassé la table, rangé la cuisine et je suis montée coucher Théo.
"Papa m’a demandé pardon, lui ai-je dit, je ne suis plus triste".
Alors mon gamin m’a offert son plus beau sourire et m’a dit : "Je suis tellement heureux" !
6 janvier.
Nous revenons de faire quelques courses de dernières minutes en prévision du lendemain où nous devons fêter les anniversaires de Loup, de Fanny et de Théo. Je ramène des petits ciseaux adorables en forme de coccinelle pour Théo. C’est juste un petit plus à rajouter à ce que nous avons déjà prévu pour lui.
Arrivés à la maison je les cache vite-fait sous une pile de papier en attendant que Théo soit couché pour les mettre en paquet avec le reste.
Mais Théo les découvre et me demande ce que c’est.
Par pur réflexe je lui dis :"Non ! C’était pour ton anniversaire" ! Et voilà notre bonhomme complètement décomposé, en pleure, en colère.
Il me gronde, me dit que j’aurais dû le prévenir de ne pas regarder ! Il tape sa main sur le meuble pour la punir d’avoir trouvé les ciseaux.
Nous tentons de lui expliquer que ce n’est pas grave, que les ciseaux étaient pour lui de toutes façons, et qu’il aura d’autres cadeaux à ouvrir. Mais Théo n’est pas en état de nous entendre, il pleure et se recroqueville, il se tape et crie.
Nous tentons de lui expliquer que ce n’est pas grave, que les ciseaux étaient pour lui de toutes façons, et qu’il aura d’autres cadeaux à ouvrir. Mais Théo n’est pas en état de nous entendre, il pleure et se recroqueville, il se tape et crie.
Il dit qu’il ne veut pas nous écouter. Nous lui disons encore qu’il pourra réfléchir à cela plus tard, que s’il veut nous pouvons remettre les ciseaux dans un paquet qu’il ouvrira le jour de son anniversaire ou alors les garder dès aujourd’hui, comme il veut.
Il réalise alors que son anniversaire ce n’est pas le lendemain, ne comprend pas pourquoi il va ouvrir ces cadeaux alors que ce n’est pas la bonne date. Nous devons lui expliquer encore une fois la différence entre le jour de l’anniversaire et le jour de la fête qui ne sont pas forcément les mêmes, que dans notre cas c’est l’occasion de le fêter avec sa mamie, sa tante, sa sœur et son frère, mais que le jour de son anniversaire on fera la fête aussi s’il le veut.
Il se tait, continue de pleurer comme il le fait en ce moment, en silence, les yeux perdus.
Il ne veut plus toucher les ciseaux, ne veut même plus les regarder.
Il monte dans sa chambre et refuse de nous entendre.
Au bout de deux heures seulement il accepte de reparler des ciseaux. Il décide de les prendre aujourd’hui, et veut bien que nous fêtions son anniversaire en avance. Mais il me fait promettre que je devrais toujours lui dire si je cache quelque chose pour qu’il ne tombe pas dessus par hasard.
7 janvier
Nous sommes chez ma mère. Théo ouvre ses cadeaux… des petits animaux en plastique, tous ceux qu’il aime.
On le voit heureux, rire, pousser des cris de surprise et de bonheur. Et déjà il organise des histoires et pousse des cris d'ours et d'otaries.
On le voit heureux, rire, pousser des cris de surprise et de bonheur. Et déjà il organise des histoires et pousse des cris d'ours et d'otaries.
Un petit garçon comme les autres ?


























Donc enfant comme les autres, oui... :)
Et moi aussi je suis furieuse et triste quand je trouve par hasard un cadeau qui m'était destiné et qui n'a pas été caché.
Alors là aussi, enfant comme d'autres ! ;)
PS : Je ne sais pas jouer à la play station. Enfant pas comme les autres ! ;)